Des che­vaux et des hommes

PAR SA­BRINE DE­LA­VEAU, ACTES SUD, 204 P., 23,80 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - JÉ­RÔME GAR­CIN GRÉ­GOIRE LE­MÉ­NA­GER

Aux Jeux équestres mon­diaux de l’été der­nier, qui se dé­rou­laient à Caen, l’équipe de France de saut d’obs­tacles a ob­te­nu deux mé­dailles d’ar­gent, l’une par équipe et l’autre en in­di­vi­duel, grâce au Nor­mand Pa­trice De­la­veau (pho­to), en selle sur Orient Ex­press HDC. Sa­brine De­la­veau, l’au­teur de « Con­fes­sions ca­va­lières » qui par­tage la vie du vice-cham­pion, ra­conte, de l’in­té­rieur, cette for­mi­dable aven­ture. De jan­vier 2013 à sep­tembre 2014, elle a te­nu – d’une plume vive et alerte qui rap­pelle la Yas­mi­na Re­za de « l’Aube le soir ou la nuit » – le jour­nal de l’épo­pée, avec son cor­tège de doutes, de dé­cep­tions, de rires, de sou rances (la dis­pa­ri­tion bru­tale, cinq mois avant les Jeux, de Sté­phane De­la­veau, le jeune frère de Pa­trice), d’es­poirs, d’exal­ta­tions, jus­qu’à la consé­cra­tion fi­nale. On ne rencontre pas seule­ment, dans la presque in­ti­mi­té, ces ca­va­liers d’ex­cep­tion, dont Pé­né­lope Le­pre­vost et Ke­vin Staut, ain­si que leur en­traî­neur mé­tho­dique, Phi­lippe Guer­dat, on dé­couvre aus­si les ri­gueurs, les ar­deurs, les ab­né­ga­tions du sport de très haut ni­veau. Un sport sin­gu­lier aux prouesses im­pré­vi­sibles, car il faut sans cesse comp­ter avec les forces et les fra­gi­li­tés du che­val-roi. Même ceux que l’équi­ta­tion in­di ère vi­bre­ront, jour après jour, avec cette équipe tri­co­lore som­mée, en Nor­man­die, de mon­ter sur le po­dium, au pied du­quel l’épouse-écri­vain exul­ta.

En exergue : « Faut pas avoir peur des mots, seule­ment des gens. » A l’in­té­rieur, 3 000 ci­ta­tions de la main verte du gé­nial gé­ni­teur (pho­to) de « San An­to­nio ». « Les connards [qui] ra olent des for­mules éli­mées » peuvent al­ler voir ailleurs, et Boo­ba mé­di­ter cette le­çon de pun­chlines. On y trouve des me­men­to mo­ri hos­tiles à l’in­ci­né­ra­tion (« Nous autres, notre fi­na­li­té, c’est les as­ti­cots »), des hymnes à l’amour (« Il ne doit pas être désa­gréable d’en­fi­ler le par­fait amour »), des por­traits au la­ser (« Le gaillard a moins d’hu­mour qu’un cor­billard en panne ») ; un éro­tisme sug­ges­tif et néan­moins tor­ride (« elle avait tout ce qu’il faut pour faire ou­blier le sys­tème fis­cal à l’hu­ma­ni­té sou rante »). Mais le grand su­jet, c’est la conne­rie (« Ah ! si tous les cons du monde vou­laient se lâ­cher la main » ). Au fond, ce « Di­co­dard » est l’an­ti-Dic­tion­naire de l’Aca­dé­mie : « L’en­nui, avec les aca­dé­mi­ciens, c’est qu’ils conti­nuent de se prendre pour des écri­vains », lit-on d’ailleurs dans cette somme pré­fa­cée par Erik Or­sen­na.

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