Mad Max, pied au plan­cher

PAR GEORGE MILLER. FILM D’AVEN­TURES AMÉ­RI­CAIN, AVEC TOM HAR­DY, CHAR­LIZE THE­RON, NI­CHO­LAS HOULT (2H).

L'Obs - - Critiques - NI­CO­LAS SCHAL­LER

George Miller avait tout à perdre à res­sus­ci­ter Mad Max et son monde post-apo­ca­lyp­tique, in­édit en 1979, mais tel­le­ment pillé de­puis qu’on voyait mal ce qu’il pou­vait en ti­rer de neuf. Ver­dict : le ci­néaste re­vi­site ha­bi­le­ment la my­tho­lo­gie qu’il a créée et signe un re­boot de bruit et de fu­reur dia­ble­ment jouis­sif. La maes­tria de sa mise en scène prouve qu’à 70 ans il en a tou­jours sous le ca­pot.

Le pre­mier « Mad Max » était un mé­lange de road­mo­vie, de film de ven­geance, de drame et de car­toon. Le se­cond, un « Fort Ala­mo » de fer­raille, wes­tern mi­bi­blique, mi-cy­ber­punk. Le troi­sième, à mi-che­min entre l’he­roic fan­ta­sy, les jeux du cirque et le conte pour en­fants. « Mad Max. Fu­ry Road » re­met les comp­teurs à zé­ro. Il am­bi­tionne de jouer le rôle du pre­mier au­près de la jeune gé­né­ra­tion et puise à la source du 2 et du 3 pour en ré­in­ven­ter les enjeux et l’es­thé­tique à l’aune de notre époque. Ou­bliée, la crise pé­tro­lière, c’est l’eau qui vient dé­sor­mais à man­quer et per­met à Im­mor­tan Joe, dic­ta­teur mu­tant à la mâ­choire de sque­lette mé­tal­lique, de ré­gner sur son peuple. Autre signe des temps, Mad Max, le lo­ne­some cow­boy mu­tique au­quel Tom Har­dy confère une ani­ma­li­té étran­ge­ment asexuée, à dé­faut du cha­risme de Mel Gib­son, se fait pi­quer la ve­dette par l’im­pé­ra­trice Fu­rio­sa, guer­rière man­chote, vi­ra­go fé­mi­niste au crâne ra­sé, in­car­née par Char­lize The­ron. Pour­sui­vie par Im­mor­tan Joe et ses sbires parce qu’elle a li­bé­ré les cinq beau­tés pri­son­nières de son ha­rem, c’est elle et une tri­bu de vieilles Wal­ky­ries à mo­to qui vont ré­veiller ce qu’il reste d’hu­ma­ni­té et d’hé­roïsme en Max. L’ave­nir de l’homme, c’est la femme.

Avec son es­thé­tique hy­bride et sa cour des mi­racles pro­to-go­thiques qui évoquent aus­si bien « Freaks » que le cirque Ar­chaos ou la foire au tu­ning, on se de­mande par­fois com­ment le film tient de­bout. Miller n’a rien per­du de son ta­lent pour créer du mythe à tra­vers chaque image. Son sens du spec­tacle et sa science du dé­cou­page laissent pan­tois. Les quelques e ets aux­quels il a re­cours pour mo­der­ni­ser son style (image sac­ca­dée, ac­cé­lé­rés fu­gi­tifs) n’en­travent en rien l’in­té­gri­té de sa mise en scène. Quel plai­sir de re­trou­ver la sen­sa­tion que pro­curent de vraies cas­cades qui ré­sultent de prises de vues réelles et non d’images dé­ma­té­ria­li­sées, gé­né­rées par or­di­na­teur. Seul bé­mol : la sur­en­chère d’ac­tion tourne par­fois à vide dans la pre­mière moi­tié. « Mad Max. Fu­ry Road », c’est de la BD cus­to­mi­sée pour le grand écran. Une cour­se­pour­suite de deux heures, me­née pied au plan­cher, qui re­noue avec une belle idée, pri­mi­tive et vis­cé­rale, du ci­né­ma d’aven­tures.

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