Le mur du son

SWEET AND OTHER DIS­TRESS », PAR GOD­SPEED YOU ! BLACK EM­PE­ROR (CONSTEL­LA­TION).

L'Obs - - Critiques - BER­NARD GÉNIÈS FRAN­ÇOIS AR­MA­NET

On pen­sait cette grande ar­ma­da qué­bé­coise dis­pa­rue. Après presque une dé­cen­nie de si­lence, God­spee­dyou! Black Em­pe­ror a re­pris le che­min des stu­dios. Ré­duit à huit mu­si­ciens (le groupe a comp­té jus­qu’à quinze membres), GYBE n’en pas moins conser­vé son ex­tra­or­di­naire force de frappe. Les quatre mor­ceaux de cet al­bum (le plus court: six mi­nutes) sont étroi­te­ment im­bri­qués, éri­geant une longue mu­raille so­nore. Ce dé­fer­le­ment élec­trique, qui s’o re par­fois le luxe de fines mé­lo­dies tri­co­tées en ar­rière-plan, prend des al­lures de transe, rap­pe­lant les meilleurs mo­ments de « Yan­qui U.X.O. », autre grand al­bum du groupe. A l’ex­cep­tion d’un titre (« Lamb’s Breath »), faus­se­ment pla­nant, l’en­semble dé­gage une éner­gie in­cen­diaire, entre John Cage et My Bloo­dy Va­len­tine, entre punk et psy­ché­dé­lique. Ces noces sau­vages re­poussent les fron­tières du rock dans un es­pace où tout semble per­mis. La cé­ré­mo­nie est certes bruyante, elle n’en est pas moins fas­ci­nante. At­ten­tion au dé­col­lage !

Le qua­tuor vit à Athens, pe­tite ville d’Ala­ba­ma, sur la Route65 qui mène à Na­sh­ville, où ils ont en­re­gis­tré ce « Sound & Co­lor » qui porte bien son nom. Le son: Al Green, Prince, Elec­tric Flag et All­man Bro­thers, en toute mo­der­ni­té. La cou­leur: la voix, im­pres­sion­nante, de Brit­ta­ny Ho­ward, « ma­ma black » coiffée comme Lit­tle Ri­chard et le rythm’n’blues in­can­des­cent de trois blancs­becs li­bé­rés. Ecou­tez le groove tei­gneux de « Don’t Wanna Fight » ou le slow tem­pé­tueux de « Miss You » pour être se­coué sur le champ.

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