Col­lège unique, désac­cords mul­tiples

L'Obs - - L’opinion - MAT­THIEU CROISSANDEAU M. C.

Tous les gou­ver­ne­ments le savent bien : quand une ré­forme voit se le­ver contre elle une coa­li­tion des contraires, c’est à la fois le signe d’une grande mal­adresse et d’une grande confu­sion. Les ré­formes du col­lège nous en offrent une nou­velle illus­tra­tion. De la mal­adresse, il y en eut de la part du pou­voir qui n’a pas su en temps utile, c’est-à-dire en amont, ex­pli­quer la phi­lo­so­phie de sa ré­forme et dé­mon­trer de fa­çon convain­cante en quoi celle-ci per­met­trait d’en fi­nir avec un col­lège in­juste et in­ef­fi­cace qui voit chaque an­née 150 000 élèves dé­cro­cher du sys­tème sco­laire sans di­plômes. De la confu­sion, il y en a évi­dem­ment dans l’al­liance contre­na­ture des op­po­sants, qui fé­dère de SUD à l’UMP, en pas­sant par l’Aca­dé­mie fran­çaise, mais aus­si Flo­rian Phi­lip­pot ou Jean-Luc Mé­len­chon. De la part des uns et des autres, cette bron­ca hé­té­ro­clite laisse son­geur. Com­ment la droite qui a lais­sé s’ef­fon­drer le ni­veau des élèves de 2002 à 2012 ose-t-elle ain­si crier au grand af­fais­se­ment ? Com­ment les syn­di­cats d’en­sei­gnants qui voient les ef­fec­tifs de l’Edu­ca­tion nationale gon­fler de 60 000 postes à un mo­ment où tous les Fran­çais se serrent la cein­ture osent-ils dé­non­cer un manque de moyens ? Com­ment des in­tel­lec­tuels de re­nom dont on at­ten­drait des idées, de la mise en perspective et du sens, osent-ils par­fois cé­der aux pe­tits rac­cour­cis ou aux gros men­songes ?

Rap­pe­lons-le ici, il n’y a pas une ré­forme du col­lège mais deux pro­jets. Le pre­mier, ap­prou­vé à une large ma­jo­ri­té par le Conseil su­pé­rieur de l’Edu­ca­tion où siègent les syn­di­cats en­sei­gnants, les as­so­cia­tions de pa­rents d’élèves, les par­te­naires so­ciaux, ain­si que des élus lo­caux de droite et de gauche, pré­voit de don­ner da­van­tage d’au­to­no­mie aux éta­blis­se­ments pour or­ga­ni­ser jus­qu’à 20% de leur em­ploi du temps comme bon leur semble et de pro­mou­voir le tra­vail en équipe au sein d’en­sei­gne­ments pra­tiques in­ter­dis­ci­pli­naires. Le se­cond, mal fi­ce­lé il est vrai, est une ré­écri­ture des pro­grammes du col­lège, au­jourd’hui en dis­cus­sion avec les pre­miers concer­nés, c’est-à-dire les en­sei­gnants.

Comme sou­vent, le dé­bat s’est vite cris­tal­li­sé sur quelques épou­van­tails (les classes bi­langues, les langues mortes…), alors que ces ré­formes posent une ques­tion de fond: la remise à plat des fi­lières d’ex­cel­lence pour quelques-uns bé­né­fi­cie­ra-t-elle au plus grand nombre? Sou­cieux d’éga­li­té, voire d’éga­li­ta­risme, le gou­ver­ne­ment fait ce pa­ri. Sou­cieuse de li­ber­té, voire de li­bé­ra­lisme, la droite, par la voix de Bru­no Le Maire, pro­pose, elle, d’en fi­nir avec le col­lège unique en ins­tau­rant au plus tôt des op­tions. Le dé­cor est au­jourd’hui po­sé. Manquent juste les ac­teurs prin­ci­paux : les en­sei­gnants ! Car ce sont eux qui, au bout du compte, quand le souf­flé se­ra re­tom­bé, ap­pli­que­ront la ré­forme ou non, dans le se­cret de leur salle de classe, sans réelle in­ci­ta­tion, ni contrôle. L’im­mo­bi­lisme ou le mou­ve­ment ne se­ra alors plus un slo­gan, mais une réa­li­té de ter­rain !

Com­ment la droite qui a lais­sé s’ef­fon­drer le ni­veau des élèves de 2002 à 2012 ose-t-elle ain­si crier au grand af­fais­se­ment?

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.