Sa­gesse bon mar­ché

PAR MARC AU­RÈLE, TRA­DUIT PAR ÉMILE BRÉ­HIER, FO­LIO SA­GESSES, 128 P., 2 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - DA­VID CAVIGLIOLI

Il faut croire que nous sommes vides et mal­heu­reux : les pe­tits « Fo­lio sa­gesses » se vendent à tour de bras. Les li­braires les mettent à la caisse, voire sur le trot­toir. Mon­taigne, Saa­di ou Tchouangt­seu ra­colent ac­ti­ve­ment le cha­land mé­lan­co­lique. Les livres sont courts (la sa­gesse est concise) et pas chers (la sa­gesse est dans le do­maine pu­blic). La cu­vée 2015 nous jette dans les bras ré­con­for­tants de Ci­cé­ron, Meng­zi, Dō­gen ou Léo­nard de Vin­ci. On trouve aus­si Marc Au­rèle et ses « Pen­sées ». Ce très beau re­cueil ob­sé­dé par la re­cherche d’une mort apai­sée, la haine de l’or­gueil et de la vio­lence, l’em­pe­reur stoï­cien l’a bi­zar­re­ment écrit sur le front, pen­dant que ses sol­dats mas­sa­craient des Quades et des Mar­co­mans. Il au­ra connu vingt ans de guerre. Il a fait beau­coup pour les phi­lo­sophes, ce qui lui vaut une pos­té­ri­té glo­rieuse chez les sa­vants. Cer­tains his­to­riens mur­murent tou­te­fois qu’il était faible de ca­rac­tère et se ré­fu­giait dans l’étude pour fuir les tour­ments du pou­voir. La sa­gesse ne sert à rien. On re­ferme son pe­tit livre, et c’est à nou­veau la guerre et l’in­cer­ti­tude.

Marc Au­rèle jeune (IIe siècle apr. J.-C.)

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