Des­ple­chin par lui-même

PAR ARNAUD DES­PLE­CHIN. CO­MÉ­DIE DRA­MA­TIQUE FRAN­ÇAISE, AVEC QUEN­TIN DOL­MAIRE, LOU ROY-LE­COL­LI­NET, MA­THIEU AMAL­RIC (2H).

L'Obs - - Critiques - PAS­CAL MÉRIGEAU

Arnaud Des­ple­chin est un ci­néaste in­ven­tif et au­da­cieux qui aime creu­ser de temps à autre une veine au­to­bio­gra­phique en forme de la­by­rinthe. Les per­son­nages et les si­tua­tions com­posent au­tant de vrais sou­ve­nirs que d’évé­ne­ments re­créés. A Paul Dé­da­lus, son al­ter ego bien nom­mé, Ma­thieu Amal­ric prête ses traits. Cette fois, Des­ple­chin est al­lé plus loin que ja­mais, et son nou­veau film est par­cou­ru par un vent de li­ber­té qui em­porte tout et sou­lève l’en­thou­siasme. Li­ber­té d’une nar­ra­tion qui se joue des époques et des lieux. Li­ber­té d’une mise en scène qui masque ses propres e ets. Li­ber­té d’une re­la­tion au spec­ta­teur qui mise sur son in­tel­li­gence. Au dé­but, Paul Dé­da­lus (Amal­ric, donc) se dis­pose à quit­ter le Tad­ji­kis­tan pour re­joindre Pa­ris. Il ap­prend du mi­nis­tère qui l’em­ploie qu’il est mort et en­ter­ré. Se connais­sait-il un so­sie ? Non. Mais, au temps de son ado­les­cence, il y a eu ce voyage à Mos­cou… Voi­là, c’est par­ti, Dé­da­lus s’in­carne dé­sor­mais en Quen­tin Dol­maire (pho­to, 2e à par­tir de la gauche), une vraie ré­vé­la­tion. Entre Rou­baix et Mos­cou, la di érence n’est que de fa­çade. Paul se sou­vient de sa mère et de ses crises de fo­lie, de sa soeur qui se di­sait laide, de leur père, mu­ré dans le cha­grin, de Mme Bé­han­zin, son pro­fes­seur et maître en an­thro­po­lo­gie, de ses amis, de ses amours, des tra­hi­sons, des peurs rai­son­nées et des es­pé­rances folles. « Trois Sou­ve­nirs de ma jeu­nesse » est un fleuve tu­mul­tueux qui baigne des rives que tout le monde a fré­quen­tées et char­rie des fi­gures que cha­cun a ren­con­trées. Au gré de cette na­vi­ga­tion en eaux troubles et pro­fondes, les pen­sées a eurent, qui des­sinent la vi­sion d’un monde où la chute du mur de Ber­lin prend des al­lures de ca­tas­trophe in­time et o re au per­son­nage de com­prendre que son en­fance a pris fin. Chaque scène élar­git le lit creu­sé par le fleuve et lorsque le cours re­joint la mer, le film na­tu­rel­le­ment s’achève, sur un mo­ment de pure jouis­sance, ven­geance exé­cu­tée froi­de­ment par Dé­da­lus (Amal­ric at­teint les som­mets) qui en­suite pour­ra en­fin pas­ser à autre chose. Autre chose que ceux qui ont vu « Com­ment je me suis dis­pu­té… (ma vie sexuelle) » (1996) connaissent dé­jà. Ils me­su­re­ront le che­min par­cou­ru par un ci­néaste qui a éli­mi­né cer­taines co­quet­te­ries pour li­vrer avec ces « Trois Sou­ve­nirs » son meilleur film, dont la pro­fon­deur touche par mo­ments à une forme de gran­deur.

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