Le maître de l’ab­surde

JUS­QU’AU 12 JUIN, GA­LE­RIE CA­ME­RA OBS­CU­RA, PA­RIS-14E, RENS. : 01-45-45-67-08.

L'Obs - - Critiques - BER­NARD GÉNIÈS J. N.

En 2013, les Ren­contres d’Arles avaient consa­cré une ré­tros­pec­tive à ce maître de l’insolite. Long­temps Gil­bert Gar­cin a ven­du des lu­mi­naires. Par­ve­nu à l’âge de la re­traite, il y a vingt ans, il a dé­ci­dé de de­ve­nir pho­to­graphe. Chez lui, sur la ter­rasse de son ap­par­te­ment mar­seillais, il a donc im­pro­vi­sé un ate­lier : on y trouve une table, un pro­jec­teur de dia­pos et quelques ac­ces­soires. Avec ce ma­té­riel pauvre, il com­pose des say­nètes où il se met lui-même en scène, ain­si que sa femme, Mar­gue­rite. Le voi­ci en train de « Chan­ger le monde » (il tire à toute force sur des cordes rec­ti­lignes pour les re­je­ter en désordre). Puis il es­ca­lade « la Tour de Ba­bel » (une pho­to réa­li­sée d’après des mo­tifs évo­quant ceux du peintre Franz Kline). Ailleurs, le voi­ci tête basse et dos cour­bé, er­rant au mi­lieu de pâ­tés de sable géants (« A la plage »). Ces vi­sions ne sont pas seule­ment hu­mo­ris­tiques ; entre Re­né Ma­gritte et Jacques Ta­ti, Gil­bert Gar­cin construit un uni­vers où le mys­tère cô­toie l’inquiétude. Dans ce théâtre des images, le monde des ob­jets pa­raît presque me­na­çant (ils sont tou­jours d’une taille dé­me­su­rée face aux per­son­nages, mi­nus­cules). Gil­bert Gar­cin ne tra­vaille qu’en noir et blanc. En l’es­pace de deux dé­cen­nies, il n’a conser­vé que deux cent soixante pho­tos. C’est dire que le maître de l’ab­surde n’en­tend pas être ba­vard. Mais, comme il l’a rme lui-même dans la lé­gende de l’une de ses pho­to­gra­phies, qui donne son titre à cette ex­po : il s’agit de « Faire de son mieux ». Fran­cis Per­rin aime Molière, sen­ti­ment louable mais ré­pan­du. Pour sa­luer le Pa­tron, il ra­conte sa vie, mais, n’étant ni his­to­rien ni prof de lettres, ne dit rien qu’on ne sache. On croi­rait l’ex­po­sé d’un ly­céen. Un té­lé­phone mo­bile se met alors à tin­tin­na­bu­ler. Ecu­mant de rage, Per­rin darde sur le fau­tif un oeil as­sas­sin : « Ce n’est pas res­pec­tueux! » C’était cer­tai­ne­ment dé­ran­geant mais in­vo­lon­taire de la part du mal­heu­reux spec­ta­teur. Et de la part d’un acteur, cou­rir comme un per­du der­rière son texte, est-ce plus res­pec­tueux ?

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.