Fume, c’est du belge

Où l’on voit les dé­lires ga­gner

L'Obs - - Chronique - D. D. T.

Apeine Kim Jong-un avait-il, à ce qui a été pré­ten­du, fait exé­cu­ter au ca­non son mi­nistre de la Dé­fense, qu’une vi­déo té­moigne de sa mau­vaise hu­meur en ce mois de mai. Il vi­si­tait un éle­vage de tortues. D’ha­bi­tude, quand il vi­site une en­tre­prise, on le voit sa­tis­fait de ce que lui montrent des di­ri­geants ob­sé­quieux et nous sommes cen­sés être convain­cus que tout va pour le mieux dans la meilleure des Corées du Nord pos­sible. Cette fois, les éle­veurs de tortues cour­baient la tête de­vant un Kim Jong-un ul­cé­ré et il est à craindre pour ces pauvres hommes que leur sort ait été à ce mo­ment scel­lé, qu’ils n’au­ront pas eu le temps d’em­bras­ser femme et en­fants avant de prendre le che­min du camp de ré­édu­ca­tion (hy­po­thèse la moins ter­ri­fiante). La pro­pa­gande de la dic­ta­ture, qui di use ces images, ne dit rien des re­proches du dic­ta­teur : était-ce que les tortues ne cou­raient pas as­sez vite? Même pas. Ce sont des tortues de table, des­ti­nées à être man­gées. Peu­têtre en avait-il goû­té la veille qui n’étaient pas as­sez sa­vou­reuses et on sait que rien n’est plus à craindre qu’un gas­tro­nome contra­rié. Le vin, au moins, était-il bu­vable ? A votre san­té, Kim Jong-un !

L’a aire est obs­cure et l’au­teur de la dé­pêche AFP avoue lui-même n’en avoir pas tout sai­si. Ça se passe à Wat­tre­los, com­mune de France. De l’autre cô­té de la fron­tière se trouve Mouscron, com­mune de Bel­gique. Entre les deux, quelques-uns de ces Eu­ro­péens consé­quents qu’on ap­pelle gens du voyage. Deux dou­zaines de ca­ra­vanes, qui ne donnent pas l’im­pres­sion de de­voir se mou­voir de si­tôt. Il semble, ne nous avan­çons pas, qu’elles se trouvent à che­val sur les deux pays et il ap­pa­raî­trait que des édiles, mal iden­ti­fiés comme belges ou comme fran­çais, pro­jettent de sé­pa­rer ces gens du voyage, sé­den­taires pro­vi­soires, de la po­pu­la­tion au­toch­tone, com­po­sée de sé­den­taires per­pé­tuels. Qui en a eu l’ini­tia­tive, la­quelle fait mau­vais e et? Chaque com­mune ren­voie la balle à l’autre. Qui a dé­ci­dé que cette sé­pa­ra­tion se­rait un mur en dur qui dou­ble­rait la ligne fron­ta­lière en vir­tuel ? On parle main­te­nant, plu­tôt qu’un mur, de plan­ter une haie mais les haies se taillent et il n’y a plus qu’à sau­ter par-des­sus. Il y au­rait le fil de fer bar­be­lé, mais il se ci­saille et se fran­chit alors presque aus­si ai­sé­ment. Le temps passe. Nos gens du voyage de conti­nuer à ne pas voya­ger. Vous ver­rez qu’ils s’en iront dès qu’au­ra été si­gné le contrat avec un en­tre­pre­neur, on re­non­ce­ra alors à la sé­pa­ra­tion mais il fau­dra quand même la payer. A cause de ces gens-là. Vo­leurs !

Quit­tant la Bel­gique et ses en­vi­rons im­mé­diats nous voi­ci à Saint-Ouen, com­mune fran­çaise du fa­meux dé­par­te­ment 93, dit aus­si 9-3, et qu’aper­ce­vons-nous, qui pour­rait nous faire croire que nous nous sommes trom­pés de route et en­fon­cés en Bel­gique pro­fonde ? De la po­lice à che­val. Aux portes de Pa­ris. On la voyait plu­tôt à bicyclette. Ou en pa­tins. En at­ten­dant la trot­ti­nette. C’est que la si­tua­tion est grave, à Saint-Ouen. Des Pa­ri­siens, le mi­nistre parle de 5 000 par jour, n’hé­sitent pas à a ron­ter, et ag­gra­ver, les cé­lèbres en­com­bre­ments de la ligne de mé­tro numéro 13, pour s’y ap­pro­vi­sion­ner en ha­schich et autres drogues au­près des voyous qui les pro­posent, au su et au vu de tous, au pied des im­meubles. Le maire est par­ve­nu (en­fin! disent ses ad­mi­nis­trés) à émou­voir le mi­nis­tère de l’In­té­rieur et voi­là com­ment des po­li­ciers mon­tés par­courent au­jourd’hui les ar­tères de cette com­mune. De­vant le che­val, juge le mi­nistre, le voyou se sent désar­çon­né. Le voyou de­ve­nu rare à Saint-Ouen, le dro­gué ne s’y ren­dra plus. C’est se mon­trer op­ti­miste et vou­loir igno­rer jus­qu’où peut tom­ber le dro­gué en manque. Dis­pa­ru le ha­schich, ap­pa­rus les che­vaux, il va fu­mer le crot­tin.

Notre chro­nique ren­dant ré­gu­liè­re­ment compte des dé­ca­pi­ta­tions au royaume de Sal­mane, le lec­teur au­ra sans doute été sen­sible à la nou­velle qui est tom­bée là-bas la se­maine der­nière, en même temps que tom­bait la tête du der­nier sup­pli­cié. Dé­jà 85 dé­ca­pi­tés, cette an­née, en un peu plus de quatre mois, en Ara­bie saou­dite, quand le roi pré­cé­dent s’était conten­té de 87 têtes tran­chées au sabre pour tout l’an der­nier. Une an­nonce, donc, vient de pa­raître que le royaume re­crute huit bour­reaux. S’agit-il, pour le nou­veau sou­ve­rain qui règne à Ryad, pen­dant qu’il bom­barde les Yé­mé­nites avec nos Ra­fale (es­pé­rons sans trop y croire que ce ne sont pas des Fran­çais qui les pi­lotent), de s’o rir le spec­tacle de dé­ca­pi­ta­tions col­lec­tives ? Huit têtes tran­chées d’un coup, en par­faite syn­chro­ni­sa­tion, voi­là une idée pour l’ami Kim Jong-un.

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