Ja­mie Oli­ver, le très mé­dia­tique chef bri­tan­nique, a créé le Food Re­vo­lu­tion Day pour sen­si­bi­li­ser le grand pu­blic à une ali­men­ta­tion plus saine. Pour­quoi rien de tel en France ? Les chefs fran­çais sont-ils moins mi­li­tants ?

L'Obs - - Grands Formats | En Couverture -

Les deux si­tua­tions sont di ci­le­ment com­pa­rables. Notre consom­ma­tion est plus grasse et plus su­crée, mais le ci­toyen fran­çais est da­van­tage sen­si­bi­li­sé à la qua­li­té des pro­duits. Dans sa pre­mière émis­sion en 2008, « Le chef contre-at­taque », Cy­ril Li­gnac était par­ti en croi­sade contre la mal­bou e. Il sillon­nait la France avec une nu­tri­tion­niste. Mais ça n’avait pas mar­ché. Les té­lé­spec­ta­teurs pré­fèrent voir du beau, et plé­bis­citent « Top Chef ». Alors oui, si les jeunes sont au­jourd’hui plus ex­po­sés à la junk food, c’est no­tam­ment parce qu’en ville le nombre de pe­tits lieux de res­tau­ra­tion a ex­plo­sé. Quand on était ga­min, il y avait une bou­lan­ge­rie et c’est tout, sur le che­min entre l’école et la mai­son. Alors, quand on avait faim, on ren­trait man­ger. Au­jourd’hui, vous trou­vez plein de pe­tites échoppes ou­vertes à la sau­vage. Mais, je le vois avec mes propres en­fants, les ga­mins sont aus­si beau­coup plus sou­cieux de leur ap­pa­rence. Ils veulent être beaux et se contentent d’une pomme quand ils ont abu­sé.

De quelle junk food parle-t-on ? Je suis tou­jours gê­né de je­ter la pierre aux in­dus­triels et aux grandes en­seignes, sans nuances. On parle de la mal­bou e aux Etats-Unis, mais, pre­nez la Ca­li­for­nie, c’est au­jourd’hui le ber­ceau des dé­fen­seurs du bio, du lo­cal, du veg­gie. Les grands groupes de fast-food, ici, en France, ont fait d’énormes e orts : ca­lo­ries et bilan nu­tri­tion­nel a chés, frites cuites à la va­peur d’huile et au rayon­ne­ment de chaleur pour di­mi­nuer la quan­ti­té de graisse, la­bel fran­çais sur les viandes, etc. La junk food fran­çaise, c’est aus­si le sand­wich sous vide de la sta­tion-ser­vice, le pla­teau-re­pas de cer­taines col­lec­ti­vi­tés, les ke­babs du coin de la rue (at­ten­tion, il en existe de mer­veilleux !) ou la sau­cisse à base de pou­mons et foie de mou­ton qu’on trouve su­per-chic de man­ger au cul du ca­mion. Cadres ur­bains pres­sés, ado­les­cents, jeunes en­fants…, qui est le plus ex­po­sé à la junk food ? Une chose est sûre : on mange moins bien quand on est seul. La tra­di­tion fran­çaise du re­pas à table fait qu’en couple ou en fa­mille, même les non-gas­tro­nomes font un e ort pour cui­si­ner un peu. On se nour­rit donc mal quand on est jeune et quand on est vieux. C’est une aber­ra­tion car ce sont les deux âges de la vie du­rant les­quels nos be­soins nu­tri­tion­nels sont les plus im­por­tants. Les jeunes sont na­tu­rel­le­ment at­ti­rés par le sna­cking. Au grec ou au McDo, ils re­trouvent une cer­taine convi­via­li­té. Quant aux per­sonnes âgées, quand elles ne sont pas obli­gées d’ava­ler les pla­teaux-re­pas des hô­pi­taux ou des mai­sons de re­traite, elles se re­trouvent sou­vent seules de­vant leur as­siette. Pour les autres, cadres pres­sés, notre ré­ponse de chef a été d’ou­vrir ces der­nières an­nées des for­mules bis­trot plus ac­ces­sibles qui re­vi­sitent au prix d’un plat du jour de bras­se­rie les grands clas­siques po­pu­laires.

Le chef Yan­nick Alléno.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.