Com­ment il les a en­fu­més

Fi­ni le Sar­ko­zy cas­sant, cli­vant, ar­ro­gant ? Tout au long de la pré­pa­ra­tion du congrès des Ré­pu­bli­cains, l’an­cien chef de l’Etat a pris soin de mé­na­ger ses ri­vaux. Avec Jup­pé, Fillon, Le Maire et les autres, il s’est fait dou­ce­reux, ras­sem­bleur, apai­sant

L'Obs - - Grands Formats | Droite - CA­ROLE BAR­JON

D’un sac de pi­que­nique jaune et noir que son of­fi­cier de sé­cu­ri­té vient de lui ap­por­ter, Ni­co­las Sar­ko­zy ex­tirpe une de­mi-dou­zaine de mi­ni­sand­wichs, soi­gneu­se­ment dé­cou­pés en pe­tits rec­tangles, qu’il offre à la ronde dans le TGV Lyon-Pa­ris. Après une réunion pu­blique, il a tou­jours faim. Sur la ta­blette dé­pliée de­vant lui, il a po­sé ses deux livres du mo­ment : « Qua­tre­vingt-treize » de Vic­tor Hu­go et « JFK. Le der­nier jour » de Fran­çois Fo­res­tier, cri­tique de ci­né­ma à « l’Obs »… « C’est for­mi­dable, on les voit vivre, lui et Ja­ckie. Quand on pense qu’elle est al­lée ra­mas­ser un bout du cer­veau de son ma­ri… Je connais leur his­toire par coeur, mais c’est tou­jours émou­vant. » Ce jeu­di 21 mai, à une se­maine du congrès fon­da­teur des Ré­pu­bli­cains, son nou­veau par­ti, le pré­sident de l’UMP est en verve.

Il imite le co­mé­dien Luis Re­go, ve­dette avec Pierre Des­proges et Claude Villers du « Tri­bu­nal des fla­grants dé­lires », émis­sion phare de France-In­ter dans les an­nées 1980 qu’il s’est re­pas­sée ré­cem­ment dans son in­té­gra­li­té. « Ce qu’il met­tait à Jean-Ma­rie Le Pen ! On ne pour­rait plus dire ça au­jourd’hui », re­marque-t-il. « On est en pleine ré­gres­sion. » Après ce mee­ting où il a, une fois de plus, at­ta­qué du­re­ment la pré­si­dente du Front na­tio­nal, il est confiant dans ses chances pour 2017 et sûr de lui. Très. Il est éga­le­ment très courtois et très ai­mable. Dans son en­tre­prise de ré­con­ci­lia­tion gé­né­rale, Sar­ko­zy­qui-aime-tout-le-monde in­clut même dé­sor­mais les jour­na­listes…

« L’étran­gleur ot­to­man » : c’est ain­si que Jo­seph Co­mi­ti, an­cien mi­nistre du gé­né­ral de Gaulle et de Georges Pom­pi­dou, avait sur­nom­mé Edouard Bal­la­dur au plus fort de sa guerre contre Jacques Chi­rac, il y a vingt ans. Il faut croire que ce mo­dèle a ins­pi­ré Sar­ko­zy. De­puis dé­cembre der­nier, il a pris un ma­lin plai­sir à être là où on ne l’at­ten­dait pas. On l’es­comp­tait agres­sif, cli­vant, ty­ran­nique. A force d’être d’ac­cord avec tout le monde, il a en­ve­lop­pé cha­cun de ouate pa­ra­ly­sante. Il les a – presque – tous cir­con­ve­nus. Etouf­fés. Anes­thé­siés. Au point de se lais­ser mettre en mi­no­ri­té au bu­reau po­li­tique sur le « ni-ni » (« ni Front na­tio­nal ni front ré­pu­bli­cain ») au nom de la né­ces­saire « uni­té de la fa­mille ». Pas grave, l’an­cien pré­sident a réus­si à faire taire les cri­tiques en ne don­nant au­cun mo­tif de conflit. Même Fillon et Jup­pé ne trouvent rien à re­dire à l’or­ga­ni­sa­tion de l’UMP ni à la dé­mo­cra­tie in­terne. Pas de prise. « Pour l’ins­tant, ça fonc­tionne bien », ré­pètent-ils de­puis des mois lorsque la ques­tion leur est po­sée. La stra­té­gie de l’en­dor­mis­se­ment a payé.

Mé­na­ger Jup­pé… Sar­ko­zy s’y em­ploie de toute son âme. Le maire de Bor-

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