Le dia­mant de Gar­rel

PAR PHI­LIPPE GAR­REL. CO­MÉ­DIE DRA­MA­TIQUE FRAN­ÇAISE, AVEC CLO­TILDE COU­RAU, STA­NIS­LAS ME­RHAR, VI­MA­LA PONS (1H13).

L'Obs - - Critiques - PAS­CAL MÉRIGEAU

Quels su­per­la­tifs les in­con­di­tion­nels du ci­né­ma de Phi­lippe Gar­rel vont-ils en­core in­ven­ter pour « l’Ombre des femmes », dont ils n’aient pas dé­jà usé pour des films de lui qui ne les appelaient pas ? Il faut bien dire en e et que, de­puis « les Amants ré­gu­liers » (2005), les films de Gar­rel sé­duisent sur­tout ceux qui chantent la messe avant le gé­né­rique de dé­but. Mais cette fois, le spec­ta­teur risque fort de joindre sa voix à celles des grands prêtres. Car, sous le beau titre de « l’Ombre des femmes », Gar­rel ra­masse en à peine plus d’une heure l’his­toire de Pierre (Sta­nis­las Me­rhar, pho­to) et Ma­non (Clo­tilde Cou­rau, pho­to). Leur fu­sion amou­reuse et pro­fes­sion­nelle (ils sont do­cu­men­ta­ristes) est mise en dan­ger par la liai­son que noue Pierre avec une jeune sta­giaire, Eli­sa­beth (Vi­ma­la Pons). Puis par celle que Ma­non, par dé­pit plus que par dé­sir, s’in­vente à son tour. Com­ment ? Vous avez dé­jà vu ce­la ? Nous aus­si, et plus de cent fois en­core. Seule­ment voi­là, ja­mais « comme ça », et c’est bien ce­la qui compte, et rien d’autre. « L’Ombre des femmes » a la pu­re­té d’un dia­mant. Dia­mant noir et dia­mant blanc, comme les images somp­tueuses taillées dans la lu­mière et dans l’ombre par Re­na­to Ber­ta. Un dia­mant qui éclaire les re­la­tions entre les êtres telles que tous les hu­mains les vivent. Un dia­mant dans le­quel se re­flètent les tra­hi­sons les plus ba­nales, al­lu­mées par l’étin­celle pro­duite par le frot­te­ment de deux peaux qui se dé­couvrent, et les plus se­crètes, dis­si­mu­lées au fil des dé­cen­nies par un homme qui n’était pas le hé­ros dont Pierre croyait ra­con­ter l’his­toire. Tout dans le film s’as­so­cie, rien n’est lais­sé au ha­sard, sauf peut-être quand ce­lui-ci dé­cide de bien faire les choses, par exemple en ren­dant pos­sible la rencontre mi­ra­cu­leuse entre un per­son­nage et une ac­trice, entre Ma­non et Clo­tilde Cou­rau, dont on igno­rait qu’elle at­tein­drait un jour les som­mets qu’elle tu­toie dans « l’Ombre des femmes ». Et puis, il y a Pa­ris, les rues, les ca­fés, les ap­par­te­ments, tout ce que l’on a vu au ci­né­ma des mil­liers de fois et que l’on dé­couvre pour­tant, comme ré­gé­né­ré, comme ré­in­ven­té. Le mys­tère du ci­né­ma est là tout en­tier, c’est aus­si ce qui dans le nou­veau film de Phi­lippe Gar­rel, as­su­ré­ment un de ses plus beaux, sé­duit et fas­cine.

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