Et l’Al­le­magne ca­pi­tu­la

PAR RO­BER­TO ROS­SEL­LI­NI, AVEC ED­MUND MESCHKE, ERNST PITTSCHAU (1947, 1H14).

L'Obs - - Critiques - FRAN­ÇOIS FO­RES­TIER P. M. JÉ­RÔME GAR­CIN

Un film comme « Al­le­magne an­née zé­ro » ne pour­rait pro­ba­ble­ment pas voir le jour main­te­nant, près de soixante-dix ans après sa réa­li­sa­tion. Parce que Ros­sel­li­ni n’est plus là, évi­dem­ment, lui qui au len­de­main de la guerre était au som­met de son art. Parce que les ex­té­rieurs furent fil­més dans les ruines de Ber­lin (et les in­té­rieurs à Rome, ce qui ne man­qua pas de po­ser cer­tains pro­blèmes, le sé­jour ita­lien des ac­teurs leur ayant per­mis de se rem­plu­mer. Ils ne res­sem­blaient plus à ceux qu’ils étaient en Al­le­magne, après des an­nées de pri­va­tions). Mais il existe une autre rai­son, plus pro­fonde, plus im­pla­cable : la cruau­té du film pa­raî­trait au­jourd’hui in­sup­por­table. No­tam­ment les der­nières scènes, étapes ul­times du par­cours d’un ga­min de 12 ans dont la re­la­tion au monde et à ses

LES SOR­TIES sem­blables, son père en pre­mier lieu, a été cor­rom­pue par une idéo­lo­gie, une pro­pa­gande et une édu­ca­tion a rmant la su­pé­rio­ri­té de la force et exal­tant l’hé­roïsme et l’or­gueil. Pour­tant, en dé­pit de tout ce qu’il ex­pose et met en jeu, le film n’est pas déses­pé­ré, et en­core moins déses­pé­rant. « Al­le­magne an­née zé­ro » est une fable qui se nour­rit, comme les deux pré­cé­dents films de Ros­sel­li­ni et comme ceux qui le sui­vront, d’une réa­li­té fil­mée au plus près, dans toute sa nu­di­té, et sur la­quelle la fic­tion vient s’épa­nouir, comme le lierre sur un arbre. D’une ra­pi­di­té et d’une conci­sion ex­trêmes (1h14), le film tout en­tier est por­té par une confiance ab­so­lue dans la dis­po­ni­bi­li­té et l’in­tel­li­gence du spec­ta­teur, le­quel n’en sort pas in­demne, mais vit une ex­pé­rience à peu près sans équi­valent connu. In­ou­bliable. sym­pa­thique par la pré­sence des trois ado­les­cents qu’on suit de classe en classe. C’est du ci­né­ma lé­ché, très jo­li à re­gar­der, avec des lu­mières su­blimes. On est lit­té­ra­le­ment pris par la pas­sion de ces co­pains, on souffre avec eux, on sou­haite leur réus­site, avec, peut-être, une pe­tite pré­fé­rence pour Sy­vert Lo­renz Gar­cia, mé­tis asia­tique per­du dans ce pays de neige. Les ama­teurs de bal­let trou­ve­ront leur plai­sir dans ce do­cu, les autres dé­cou­vri­ront (peut-être) ce qu’est la grâce.

C’est le por­trait, en mou­ve­ment per­pé­tuel, de deux ados co­lom­biens qui veulent en­core rê­ver dans une so­cié­té où tout les condamne. L’un, Ras, peintre en bâ­ti­ment, est noir et vit avec sa mère, une évan­gé­liste dont la foi os­ten­ta­toire l’in­sup­porte. L’autre, Cal­vin, étu­diant en art, est blanc et dort avec sa grand­mère, une ex-en­sei­gnante qu’il ac­com­pagne et sou­lage avec de très beaux gestes dans son com­bat contre le can­cer. En­semble, l’un sur un skate, l’autre à vé­lo, Ras et Cal­vin, tous deux graf­feurs, sillonnent la ville de Ca­li et se mettent en tête de ta­guer, sous un tun­nel et mal­gré l’in­ter­dic­tion de la po­lice, une grande fresque dé­diée aux femmes du « prin­temps arabe ». Tour­né ex­clu­si­ve­ment avec des non-pro­fes­sion­nels, « Los Hon­gos », deuxième long-mé­trage, après « la Bar­ra », du Co­lom­bien Os­car Ruíz Na­via (32 ans), tient au­tant du do­cu­men­taire que de la fic­tion. On vou­drait par­fois que, entre ces deux genres dont la confu­sion est très ten­dance, le ci­néaste fasse un choix plus ra­di­cal. Il n’em­pêche, ce film sur l’uni­ver­sa­li­té du street art et la ré­volte (douce) de la jeu­nesse co­lom­bienne vaut pour sa geste, son ur­gence et ses cou­leurs. On di­rait, os­cil­lant sans cesse entre réa­lisme et fan­tas­tique, un long graf­fi­ti des­si­né, en di­rect, sur les murs du monde. J’ou­bliais : en co­lom­bien, « Los Hon­gos » veut dire « les cham­pi­gnons ». Ce sont, dit le réa­li­sa­teur, « des êtres vi­vants qui sur­gissent dans un mi­lieu de pour­ri­ture, de dé­com­po­si­tion ».

Elle avait le plus beau sou­rire du monde, cha­leu­reux, sé­dui­sant, écla­tant de vie. Elle reste dans notre mé­moire l’hé­roïne émou­vante de « Ca­sa­blan­ca » et la femme er­rante de « Strom­bo­li ». Elle ap­por­tait à ses rôles une pu­re­té to­tale. Or elle fut aus­si celle par

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