Un griot à Pa­ris

PAR DJE­LI MOUS­SA CON­DÉ (BUDA MU­SIQUE).

L'Obs - - Critiques - GRÉ­GOIRE LE­MÉ­NA­GER

Il est né en Gui­née, a ap­pris la ko­ra en Gam­bie, et fi­ni par po­ser sa va­lise à Pa­ris, où Ber­na­dette La­font l’a ai­dé à se pro­cu­rer des pa­piers. Du coup, on l’ap­pelle « le griot de Mé­nil­mon­tant ». Pour­quoi pas. Dje­li Mous­sa Con­dé a la voix qu’il faut : une voix chaude, mus­clée, consis­tante, une voix qui vient des tripes et qui doit por­ter sur scène. Sur son deuxième al­bum, elle chante tous les pays d’Afrique qu’il a sillon­nés, le pa­ci­fisme de Man­de­la, l’ivresse de la sal­sa. Dje­li a été à bonne école : il a joué aus­si bien avec Al­pha Blon­dy et Sa­lif Keï­ta qu’avec Ce­sa­ria Evo­ra ou Hank Jones. On sent que tout ce­la nour­rit sa mu­sique. Si elle sait avoir l’éner­gie cui­vrée des Tou­ré Koun­da (« Ji­lan »), la joie d’être en vie (le fun­ky « Afri­can Bond ») et la tris­tesse de l’exil (le beau, lan­ci­nant « Wo­ma­ma ») s’y font constam­ment la courte échelle.

Pas grand-chose à je­ter dans ce pro­gramme : le Mah­ler de jeu­nesse, ad­mi­rable, le Schu­mann, presque trop beau… Le tra­vail de ces quatre mu­si­ciens (il s’agit d’une prise de concert) est très sé­rieux, mais souffre d’une dis­pa­rate de base. Les cordes, au vi­bra­to très ap­puyé et constant, res­tent dans une ex­pres­sion as­sez me­su­rée, tan­dis que le pia­no, qui semble s’aimer, s’aban­donne à des af­fé­te­ries com­plai­santes (tou­jours pa­reilles) et perd sou­vent l’im­pul­sion ryth­mique… Dom­mage.

Parce que les der­niers concerts du grand Leo­nard sont des séances d’hyp­nose col­lec­tive qui ne s’ou­blient pas comme ça, tous leurs en­re­gis­tre­ments sont bons à prendre. Le voi­là donc qui pi­core des cu­rio­si­tés dans les 470 dates de sa tour­née 20082013, après en avoir sau­ve­gar­dé l’es­sen­tiel sur les in­dis­pen­sables « Live in Lon­don » et « Songs From the Road ». Il y a du pur blues (« Ne­ver Gave No­bo­dy Trouble »), des clas­siques du maître (« Night Comes On », « Light as the Breeze »), et même une re­prise, en fran­çais s’il vous plaît, d’une chan­son d’amour qué­bé­coise (« la Ma­nic »). La voix, pro­fonde, sourde, ma­gné­tique, est celle d’un vieux sage au­quel la vie n’a plus au­cune gri­mace à ap­prendre. Hal­le­lu­jah.

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