Les ar­tistes afri­cains ont (aus­si) un nom

JUS­QU’AU 26 JUILLET, MU­SÉE DU QUAI-BRAN­LY, PA­RIS-7E. CATALOGUE DE L’EX­PO : SKI­RA-QUAI-BRAN­LY, 242 P., 45 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - BER­NARD GÉNIÈS

Jus­qu’au 31 oc­tobre, la Trien­nale de Ven­dôme ex­pose

les oeuvres de 25 ar­tistes ré­si­dant dans le Val-deLoire. Par­mi les in­vi­tés, Mas­si­nis­sa Sel­ma­ni, qui vient de re­ce­voir une men­tion spé­ciale

du ju­ry de la Bien­nale de Ve­nise.

C’est une ex­po­si­tion d’un genre par­ti­cu­lier qui at­tend les vi­si­teurs du Mu­sée du Quai-Bran­ly. Elle réunit en­vi­ron deux cents oeuvres his­to­riques et contem­po­raines réa­li­sées par des ar­tistes de Côte d’Ivoire entre la fin du siècle et le dé­but du Masques, sculp­tures, pou­lies de tis­sage sont ici ras­sem­blés au long d’un par­cours très pé­da­go­gique réunis­sant de nom­breux films ain­si que des pré­sen­ta­tions d’ou­tils et des tech­niques em­ployées. La sin­gu­la­ri­té de cet en­semble tient à sa concep­tion même. Ha­bi­tuel­le­ment, dans les ex­po­si­tions d’art afri­cain, seules les ca­rac­té­ris­tiques des oeuvres (par exemple : sta­tuette, sceptre de chef ) ain­si que leur ori­gine géo­gra­phique et eth­nique sont mises en avant. Parce qu’il est sou­vent igno­ré, le nom des ar­tistes n’est pas ci­té. Les rai­sons de cet « ou­bli » sont mul­tiples qui tiennent pour une grande part au contexte de la pro­duc­tion de l’oeuvre. Les pièces mon­trées dans cette ex­po­si­tion ont été en e et le plus sou­vent com­man­dées à des maîtres sculp­teurs, soit par des per­sonnes for­tu­nées, soit par des com­mu­nau­tés ayant l’in­ten­tion d’en faire un usage ri­tuel. Dans les an­nées 1930, l’eth­no­logue al­le­mand Hans Him­mel­he­ber s’est at­ta­ché, lors de plu­sieurs mis­sions en Afrique de l’Ouest, à mettre en lu­mière la vie et l’oeuvre des sculp­teurs. C’est cette ap­proche qui per­met au­jourd’hui de don­ner à ces ar­tistes des noms ou des appellations, telles que « le maître des jo­lis seins » ou « le maître des pa­ra­sols ». On ver­ra donc ici les créa­tions de sculp­teurs de six eth­nies ivoi­riennes im­plan­tées, par­fois aus­si, dans les pays voi­sins, au Ma­li ou au Bur­ki­na Fa­so. Ac­tifs au xxe siècle, ils s’ap­pellent Uo­pié, Ta­mé, Si, Tom­pié­né et ap­par­tiennent à l’eth­nie des Dan. Maîtres Baou­lé, Gou­ro, Sé­nou­fo ou en­core is­sus du peuple des la­gunes (vi­vant dans la ré­gion d’Abid­jan) sont éga­le­ment pré­sen­tés, cha­cun étant évo­qué à tra­vers leurs fi­lia­tions, leurs in­fluences, les ca­rac­té­ris­tiques tech­niques et sty­lis­tiques de leur art. Loin d’of­frir une vi­sion « pri­mi­tive », cette ex­po­si­tion, qui présente des oeuvres ma­jeures ve­nues des plus grands mu­sées eu­ro­péens et amé­ri­cains, donne toute leur place aux ar­tistes et à leur créa­tion. En fin de par­cours, une salle montre les sculp­tures de créa­teurs contem­po­rains (tel Jems Ro­bert Koko Bi, au­jourd’hui ex­po­sé dans le monde en­tier). Leur art n’est certes pas ce­lui des an­cêtres. Mais, tou­jours, ils sculptent le bois des fo­rêts.

Ci-des­sus et ci-contre, couple de fi­gu­rines tu­gu­bé­lé (1920).

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