C’EST RA­TÉ Le temps des bou­lettes

PAR LA COM­PA­GNIE LES HOMMES AP­PROXI­MA­TIFS. JUS­QU’AU 6 JUIN, À 21 HEURES, LA COL­LINE – THÉÂTRE NA­TIO­NAL, PA­RIS-20E, RENS. : 01-44-62-52-52.

L'Obs - - Critiques - JACQUES NERSON J. N.

Dé­ci­dé­ment, l’écri­ture n’est pas un sport d’équipe. Ce cha­gri­nant « Cha­grin » ras­semble tous les dé­fauts des créa­tions col­lec­tives. On y ra­conte cent his­toires à la fois, au­cune ne res­sort. Chaque co­mé­dien se ré­com­pense à son tour en se mé­na­geant un pe­tit so­lo. L’un tire à hue, l’autre à dia, fi­na­le­ment on fait du sur­place. Par peur du vide, on en­tasse les ac­ces­soires in­utiles et on ac­com­plit une foule de pe­tites tâches pué­riles et dé­pour­vues de sens : pé­trir de mi­nus­cules pains de terre qu’on fait mine de cuire, se bar­bouiller de talc… Les Hommes ap­proxi­ma­tifs pré­tendent « po­ser un cadre dans le­quel passent des mil­lions d’his­toires ». Qu’ils ap­prennent dé­jà à en ra­con­ter une.

Tiens, on re­dé­couvre An­dré Rous­sin ! Après « Ni­na », mon­té voi­ci peu par Ber­nard Mu­rat, Mi­chel Fau présente « Un amour qui ne fi­nit pas ». Au fond, Rous­sin a été vic­time du même os­tra­cisme que les ci­néastes de « qua­li­té fran­çaise » (Claude Au­tant-La­ra, Jean De­lan­noy, Re­né Clé­ment, Yves Al­lé­gret et consorts) hon­nis par Fran­çois Tru aut. Son crime ? Avoir eu du suc­cès au bou­le­vard. Avoir été en­cen­sé dans les co­lonnes du « Fi­ga­ro » par Jean-Jacques Gau­tier qui, au même mo­ment, érein­tait à tour de bras Brecht, Be­ckett, Io­nes­co, les meilleurs au­teurs du temps. N’em­pêche que Rous­sin, tout bour­geois qu’il est, pos­sède une grande fi­nesse de touche et un sa­cré sa­voir-faire. La présente co­mé­die date de 1963. Lors de sa cure à Di­vonne-les-Bains, Ju­liette (Pascale Ar­billot) est abor­dée par Jean (Mi­chel Fau, pho­to), un in­con­nu qui dé­pose à ses pieds un amour tout pla­to­nique, donc éter­nel et sans dan­ger pour leurs mé­nages res­pec­tifs. Ren­trée chez elle, la dame re­çoit des lettres en­flam­mées. Cette cor­res­pon­dance n’est pas du goût des conjoints. Ju­liette et Jean ont beau pro­tes­ter de son in­no­cui­té, Ger­maine et Ro­ger (Léa Dru­cker, pho­to et Pierre Cas­si­gnard) vont se li­guer contre cette liai­son chaste et pure. Si amu­sante soit-elle, la pièce avait be­soin d’être ra­fraî­chie. L’alerte mise en scène de Mi­chel Fau, le dé­cor noir sur blanc et blanc sur noir de Ber­nard Fau qui pa­ral­lé­lise élé­gam­ment les deux in­té­rieurs 1960, la re­prise de l’ex­quise mu­sique com­po­sée à l’époque par Hen­ri Sau­guet, l’es­prit des ac­teurs, à com­men­cer par Mi­chel Fau en per­sonne, tout concourt au plai­sir du pu­blic. Qui n’en fi­nit pas d’ap­plau­dir.

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