Cour­rier du coeur

PAR VA­LÉ­RIE TRIER­WEI­LER, LE LIVRE DE POCHE, 384 P., 6,30 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - DA­VID CAVIGLIOLI

On dit que les bons sen­ti­ments ne font pas de bonne lit­té­ra­ture. Cer­tains ajoutent que Va­lé­rie Trier­wei­ler a fait de la mau­vaise lit­té­ra­ture avec des mau­vais sen­ti­ments. Qu’ils aillent se faire pho­to­gra­phier à scoo­ter. Son livre est une mer­veille de vi­le­nie, une de ces ca­tas­trophes mo­rales qui font les vrais chef­sd’oeuvre. Après Stock­hau­sen, on a rme qu’il s’agit de la plus grande oeuvre d’art de­puis le 11-Sep­tembre. En­fin un écri­vain qui ab­jure toute pu­deur, toute di­gni­té. On est hyp­no­ti­sé par ce texte aigre qui res­semble au jour­nal in­time qu’on a fau­ché à une pe­tite fille : la vé­ri­té s’y livre sans fard, sans filtre. Rien ne se met entre le lec­teur et son dé­sir de sa­voir, pas même l’écri­ture. Sa phrase pleine de beurre est d’une illi­si­bi­li­té ma­gné­tique. C’est dé­li­cieux comme les plus écoeu­rants cour­riers du coeur. Cette lour­deur hé­roïque donne à « Mer­ci pour ce mo­ment » une cer­taine so­phis­ti­ca­tion concep­tuelle. Con­rad écri­vait sur la honte : Trier­wei­ler la fait di­rec­te­ment res­sen­tir à son lec­teur. On a honte quand on l’achète, honte quand on le lit. Bra­vo Ma­dame. Ecri­vez la suite.

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