Odys­sée en kayak

PAR BRU­NO PO­DA­LY­DÈS. CO­MÉ­DIE FRAN­ÇAISE, AVEC BRU­NO PO­DA­LY­DÈS, SAN­DRINE KI­BER­LAIN, AGNÈS JAOUI (1H45).

L'Obs - - Critiques - NI­CO­LAS SCHAL­LER

On se de­mande pour­quoi au­cun sé­lec­tion­neur n’a cru bon d’in­clure cette mer­veille au pro­gramme du der­nier Festival de Cannes. Se­rait-ce par peur de voir les spec­ta­teurs imi­ter son pro­ta­go­niste et tout quit­ter pour par­tir en kayak sur une ri­vière de l’Yonne? Im­pos­sible en e et de ré­sis­ter à cette bulle de drô­le­rie et de lé­gè­re­té. Par­lons-en, de la lé­gè­re­té. Mi­chel, 50 ans, craint d’avoir per­du la sienne. Il a un bou­lot d’in­fo­gra­phiste 3D, une femme char­mante (San­drine Ki­ber­lain), une pe­tite vie pé­père et un rêve d’en­fant : vo­ler dans l’Aé­ro­pos­tale. Mi­chel, c’est Bru­no Po­da­ly­dès (pho­to), qui, pour la pre­mière fois, s’est at­tri­bué le rôle prin­ci­pal, en­té­ri­nant l’idée que ce film lui est plus in­time que les autres. Est-ce pour ce­la qu’il est aus­si son plus gra­cieux, ce­lui où les jeux de mots épousent mieux que ja­mais les maux du « je » ? Ain­si, au dé­tour d’une conver­sa­tion sur les pa­lin­dromes, Mi­chel se prend d’une pas­sion sou­daine pour le kayak, ce pla­neur aqua­tique et sans aile. Il en achète un en kit sur le web et s’y en­traîne en ca­chette. « C’est un vieux rêve au­quel je te de­mande de croire », dit-il à sa femme lors­qu’elle le sur­prend en train de pa­gayer sur le toit de leur im­meuble. Avec l’aval de celle-ci, voi­là Mi­chel par­ti pour une es­ca­pade flu­viale qui au­ra pour pre­mier et der­nier ar­rêt une guin­guette te­nue par une ma­trone (Agnès Jaoui), sa fille amou­reuse qui pleure quand il pleut (Vi­ma­la Pons) et deux oli­brius, bri­co­leurs du di­manche, car­bu­rant à l’ab­sinthe (Mi­chel Vuiller­moz et Jean-Noël Brou­té). Après « Li­ber­té-Olé­ron » et « Adieu Berthe », l’en­vie de prendre le large et d’al­ler voir ailleurs de l’an­ti­hé­ros po­da­ly­dè­sien trouve son ex­pres­sion la plus hi­la­rante et la plus apai­sée dans cette odys­sée ri­qui­qui d’un quin­qua kaya­kiste qui ai­me­rait re­joindre la mer, mais n’a pris qu’une se­maine de congé. Elle confirme tout le bien que l’on pense de Po­da­ly­dès acteur, chaî­non man­quant entre Alain Cha­bat et Edouard Baer : du pre­mier, il a la bon­ho­mie en­fan­tine, du se­cond, la sé­duc­tion lu­naire. Po­da­ly­dès réa­li­sa­teur poé­tise tout ce qu’il trouve. Même une tente Que­chua. La pre­mière par­tie, ur­baine, est por­tée par sa vi­sion bur­lesque et rê­veuse d’un quo­ti­dien dont il pointe les ri­di­cules; la se­conde, bu­co­lique, par son amour des contes (Mi­chel a beau re­prendre la route, il se ré­veille chaque ma­tin aux abords de cette guin­guette hors du temps, pri­son­nier consen­tant des deux si­rènes qui l’ha­bitent). Se­rait-ce le meilleur film de Po­da­ly­dès ? C’est en tout cas ce­lui de l’har­mo­nie en­fin trou­vée entre sa fan­tai­sie co­mique et ses di­va­ga­tions mé­lan­co­liques, son es­prit d’en­fance et son hé­do­nisme gri­vois. « Comme un avion » vole haut. Au som­met de la co­mé­die fran­çaise.

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