Vous ve­nez de fê­ter vos 80 ans. L’âge vous at-il ap­por­té aus­si une sé­ré­ni­té ?

L'Obs - - Débats -

En fait, c’est un peu di érent de la sé­ré­ni­té. J’ai craint la mort long­temps mais de­puis que la mort me semble lé­gère, la vie s’al­lège. L’âge ap­porte une cer­taine éner­gie. C’est, comme Ed­ward Saïd l’a dit, la pos­si­bi­li­té d’une nou­velle prise de po­si­tion. Et c’est ce que j’ai en­vie de me­ner à bien. Quels sont les trois livres que vous em­por­te­riez sur une île dé­serte ? J’y pense de temps en temps. Je pren­drais le plus gros dic­tion­naire en­cy­clo­pé­dique pos­sible. J’ai ac­tuel­le­ment un dic­tion­naire élec­tro­nique qui com­prend une di­zaine d’énormes en­cy­clo­pé­dies. C’est une réa­li­sa­tion ma­gni­fique. J’ai­me­rais avoir tous les livres dans un seul livre. Après le Livre des livres, le livre élec­tro­nique ? C’est tout pe­tit à em­por­ter, et son conte­nu, au lieu de se fo­ca­li­ser sur une culture unique au centre, per­met­trait de s’ou­vrir au monde.

Si, un jour ter­rible, l’île dé­serte de­vait ser­vir d’asile aux vic­times de ra­dia­tions ou aux ré­fu­giés cli­ma­tiques, ils de­vraient mettre en com­mun les trois livres qui les ont for­més. Pour moi, Dante, Spi­no­za, Yeats, Sartre ou Ra­be­lais que mon maître Ka­zuo Wa­ta­nabe a tra­duit. Je lis deux pages de « Pan­ta­gruel » avant de dor­mir. Le texte d’ori­gine puis sa tra­duc­tion en fran­çais mo­derne. Je lis la pre­mière page, la deuxième, et puis j’écris la troi­sième. J’aime ce rap­port tri­an­gu­laire.

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