Ro­lan­do fu­rio­so

L'Obs - - Critiques - JACQUES DRILLON

Ro­lan­do Villazón, le grand té­nor mexi­cain de­ve­nu fran­çais, a ses fans. De­puis qu’il a frô­lé le soleil de la gloire, s’y brû­lant les ailes, il a ses in­con­di­tion­nels. Ils lui par­donnent tout, ses ai­gus for­cés, ses écarts, ses ex­cès, ses pi­tre­ries, sa voix ba­ry­ton­nante – et puis ses ab­sences, ses an­nu­la­tions, son si­lence. Trop tôt por­té aux nues, trop confiant en un or­gane fra­gile. N’im­porte, il fau­dra l’en­tendre dans cet en­re­gis­tre­ment de « l’En­lè­ve­ment au sé­rail » (le 10 juillet chez Deutsche Gram­mo­phon), où il se montre plus bee­tho­vé­nien que mo­zar­tien. Comme il est très in­tel­li­gent, il truque un peu, rem­pla­çant l’ai­gu par la puis­sance, se fait plus hé­roïque que pas­sion­né, plus éner­gique qu’ardent : du grain de sable dans l’huître, il fait sa perle. Peut-être pas une le­çon de chant, mais une le­çon de vie.

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