Nek­feu

Avec son pre­mier al­bum so­lo, “Feu”, en tête des ventes, le rap­peur fils d’im­mi­grés grecs a su conqué­rir le grand pu­blic

L'Obs - - 10 Choses À Savoir Sur… - LYSE LE RU­NI­GO

P­MOI­SON A la mi-juillet, plu­sieurs spec­ta­teurs se sont éva­nouis au pied de la scène de l’hô­tel de ville de Paris, sur la­quelle Nek­feu, alias Ken Sa­ma­ras, fai­sait son show. Après plu­sieurs minutes d’in­ter­rup­tion et une in­ter­ven­tion des pom­piers, dans une cha­leur ca­ni­cu­laire, le rap­peur a pu re­prendre le mi­cro. « Ce jour-là, on m’a re­pro­ché d’être trop éner­gique! » ra­conte-t-il, mi-amu­sé, mi-aga­cé. IN­TEL­LO « Le cô­té lit­té­raire me gêne un peu. Ça fait en­fant gâ­té de dire ça, mais je fais du rap, R.A.P., pas du rap lit­té­raire ! » se dé­fend Nek­feu. En cause, les ré­fé­rences qu’il dis­tille « comme des scratchs » dans son al­bum. Mais Nek­feu l’avoue sans gêne : « Mau­pas­sant je ne connais pas tel­le­ment, je me suis ser­vi du titre [« le Hor­la », NDLR] parce que je le trou­vais es­thé­tique et qu’il col­lait bien à la chan­son. » Pour John Fante, c’est di érent : Ken Sa­ma­ras, fils d’im­mi­grés grecs qui a vé­cu dans une chambre de bonne et dé­pen­sé sans comp­ter pour le rap la paie de ses pe­tits bou­lots, s’iden­ti­fie à l’écri­vain et se pas­sionne pour son oeuvre.

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EGO « Il y a beau­coup d’ar­ro­gance dans l’al­bum », ad­met Nek­feu, qui chante : « Y a que quand j’suis pre­mier que j’reste à ma place ». Cette van­tar­dise, propre aux codes du rap, est par­fai­te­ment as­su­mée : « C’est une cé­lé­bra­tion, comme celle d’un foot­bal­leur qui vient de mar­quer un but. » Sa pre­mière place dans les ventes, quant à elle, est bien réelle.

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POTES Ken Sa­ma­ras dé­barque dans la ca­pi­tale à 11 ans, après une en­fance dans la ban­lieue de Nice. C’est avec ses co­pains qu’il dé­couvre le rap et en­re­gistre ses pre­miers mor­ceaux, dans une MJC. Nek­feu est tou­jours proche de ses amis, dont beau­coup sont membres de ses col­lec­tifs (le S-Crew, L’En­tou­rage et 1995), et n’ou­blie pas que c’est avec eux qu’il s’est fait un blaze.

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RE­GRETS

VUL­GA­RI­TÉ « Il faut qu’elle me res­semble », in­siste le rap­peur. Et de ci­ter Bu­kows­ki et ses « Contes de la fo­lie or­di­naire », ou Fante. « Des écri­vains vul­gaires, et qui sont per­çus comme des gé­nies au­jourd’hui. » « Je ré­clame un au­to­da­fé pour ces chiens de “Char­lie Heb­do” », chan­tait Nek­feu en 2013. Au soir des at­ten­tats de jan­vier, il fait son mea culpa sur Fa­ce­book. Et se re­pent en­core : « Je re­grette la ma­nière dont je l’ai dit… Pour quel­qu’un qui ne me connaît pas, ce n’était pas le mes­sage. » A 25 ans tout juste, le rap­peur « pré­fère être dans la sa­gesse. » Et cal­mer le jeu ?

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ÉCOLE Il l’aban­donne en ter­mi­nale. Il pas­se­ra son bac en can­di­dat libre, « plus pour re­nouer avec [ses] pa­rents », qu’il a quit­tés à 17 ans, que pour ac­cé­der à des études qu’il n’a pas l’in­ten­tion de suivre. Dé­jà, il aime beau­coup lire, mais ses meilleurs sou­ve­nirs d’école res­tent les « conne­ries faites avec les co­pains ». In­solent et im­pul­sif, il aime pro­vo­quer les plus grands et se prend par­fois des roustes.

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POS­TURES S’il em­prunte aux di érents cou­rants du rap, c’est aus­si pour mieux en dé­faire les cli­chés. Ceux du gang­sta rap quand il parle de sa pe­tite soeur et chante : « J’ai ap­pris qu’être un grand frère, c’est pas seule­ment ta­per ceux qui l’em­bêtent. » Ou les « pos­tures » du rap en­ga­gé, dont il dé­nonce l’an­ti­ra­cisme un peu sé­lec­tif : « Il y a des ra­cismes dont on parle peu dans le rap, et qui sont mieux ac­cep­tés par des per­sonnes elles-mêmes vic­times du ra­cisme », comme ce­lui qui vise les Roms ou les Asia­tiques.

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CLASH Nek­feu n’a ja­mais ap­pris à jouer d’un ins­tru­ment. Son école est celle des bat­tles, « où tu a rontes quel­qu’un de ton ni­veau, comme dans un sport ». S’il conti­nue de s’adon­ner aux clashs, par plai­sir, avec ses proches – ou, en mai der­nier, lors d’un sketch avec l’ac­trice Marion Co­tillard sur le pla­teau de Canal+ –, il veut lais­ser der­rière lui les vieilles embrouilles qu’il a pu avoir « dans le mi­lieu du rap, et en de­hors ».

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SUC­CÈS Dans « Egérie », Nek­feu ra­conte com­ment il a « fait mordre l’oreiller » au top mo­del d’une marque de luxe qui l’avait contac­té. Cette ex­pé­rience vé­cue est à l’image de sa suc­cess sto­ry. Le jeune homme réa­lise son rêve d’as­cen­sion so­ciale, mais il reste pro­fon­dé­ment at­ta­ché à un mi­lieu un­der­ground qu’il consi­dère « comme une fa­mille ».

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