Com­ment le se­cret dont le IIIe Reich en­tou­rait le gé­no­cide s’est-il pro­lon­gé, sous cer­tains as­pects, bien après 1945 ?

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Les sur­vi­vants ne par­laient pas, par pu­deur et pour ne pas souf­frir da­van­tage. Le se­cret s’est aus­si per­pé­tué en rai­son du si­lence des té­moins. Le grand his­to­rien al­le­mand Rein­hart Ko­sel­leck, mo­bi­li­sé à l’Est, a pour­tant confié que le mas­sacre de Ba­bi Yar s’était « ré­pan­du comme un feu de brousse par­mi les sol­dats du front ». Von Ka­ge­neck, un autre his­to­rien et un ex-of­fi­cier an­ti­na­zi du Reich, m’a dit aus­si, sans pou­voir me re­gar­der, qu’il a as­sis­té en Ukraine à d’autres mas­sacres. L’exis­tence même du se­cret va­rie aus­si en fonc­tion de cri­tères géo­gra­phiques… En URSS, la mé­moire de l’ex­ter­mi­na­tion n’a pas eu droit de ci­té, sur ordre de Sta­line... Et des mas­sacres entre Ukrai­niens et Po­lo­nais sur­ve­nus à la fin de la guerre sont aus­si res­tés igno­rés pen­dant plus de cin­quante ans. Les grâces d’Oberg et de Kno­chen, deux SS de haut rang, ont-elles été ré­cla­mées à la France par la RFA parce que, comme vous l’écri­vez,

de leurs crimes ? La po­pu­la­tion al­le­mande ne vou­lait pas voir. A la li­bé­ra­tion des camps, les Al­le­mands contraints à dé­fi­ler de­vant les corps des vic­times dé­tour­naient la tête. A Nu­rem­berg, les grands chefs en firent au­tant. Dans un se­cond temps, la dé­né­ga­tion ser­vit à di­mi­nuer le poids de la culpa­bi­li­té. Les his­to­riens al­le­mands ne nient plus la réa­li­té des crimes na­zis, mais cer­tains en re­la­ti­visent l’am­pleur. D’autres ont pré­fé­ré as­su­rer que l’an­ti­sé­mi­tisme al­le­mand était qua­si gé­né­tique… Mais, dans son in­cons­cient, l’Al­le­mand moyen sa­vait, sans cher­cher à en sa­voir da­van­tage. Sous cou­vert de ré­con­ci­lia­tion fran­co-al­le­mande bien me­née, la de­mande de li­bé­ra­tion des cri­mi­nels na­zis pro­cède d’une même lo­gique. De­puis, les gestes de re­pen­tance sin­cère se sont tou­te­fois mul­ti­pliés. Com­ment éva­luez-vous la quan­ti­té d’archives de­meu­rées in­édites ? Cer­taines archives sont mal uti­li­sées, à l’image des af­fiches pla­car­dées à Paris en juin 1940 ap­pe­lant à la prise du pou­voir par Tho­rez : Mos­cou ju­geait en ef­fet que la France était fou­tue et proche de la si­tua­tion russe de fé­vrier 1917, c’est-à-dire dans une pé­riode pro­pice à ce qu’éclate une ré­vo­lu­tion. Ces do­cu­ments sous-es­ti­més per­mettent de com­prendre les pro­jets du Ko­min­tern. En somme, beau­coup de do­cu­ments peuvent en­core être ex­hu­més, à condi­tion de rai­son­ner en toute li­ber­té.

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