Pour­quoi alors vous êtes-vous ac­cro­ché à cette lec­ture di cile?

L'Obs - - Débats -

Pro­ba­ble­ment pour le plai­sir de ne pas com­prendre. La joie de ne pas com­prendre est ce qui nous at­tire à la fois dans la phi­lo­so­phie et la re­li­gion. En l’oc­cur­rence, c’était da­van­tage en­core le ca­rac­tère énig­ma­tique de cette pen­sée qui me sé­dui­sait. Ça son­nait vrai­ment di érem­ment de tout ce que j’avais lu jusque-là, c’était un autre lan­gage. Je n’ai ja­mais re­trou­vé ça, sauf chez Nietzsche. Je ne crois d’ailleurs pas du tout que l’on se rap­porte à un phi­lo­sophe d’abord par la rai­son. C’est avant tout un ju­ge­ment de goût, comme pour la lit­té­ra­ture : il y en a qui vous parlent, et une fois que cette a ni­té est nouée, elle est ab­so­lu­ment in­des­truc­tible. Ne vous ar­rive-t-il ja­mais de vou­loir vous dé­faire de cette emprise ? Il y a même des mo­ments de franche bou­de­rie ! Bien sûr, je ne peux pas me dé­ta­cher de cette fi­gure-là, Kier­ke­gaard est com­plè­te­ment im­bri­qué dans ma vie, je pense avec lui. Et, e ec­ti­ve­ment, j’ai aus­si par­fois ten­dance à l’éloi­gner, parce qu’il est en­com­brant et que je le vis comme une vraie ma­lé­dic­tion. Il a quand même man­qué de me rendre non seule­ment déses­pé­ré, mais fou! Il y a de tels ni­veaux d’iden­ti­fi­ca­tion entre lui et moi qu’il m’est ar­ri­vé de ne plus sa­voir si je pen­sais comme Kier­ke­gaard ou si c’était lui qui pen­sait en moi. Mal­gré tout, j’ai bien vu qu’il res­te­rait un com­pa­gnon à la vie à la mort – ce qui est pa­ra­doxal pour Kier­ke­gaard, qui était un so­li­taire.

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