Un grand film ch­ré­tien

La sa­ga de George Lu­cas n’est pas qu’un mythe mo­derne, c’est aus­si une re­lec­ture de l’his­toire pro­tes­tante

L'Obs - - Grands Formats | En Couverture - MARK ALIZART, PHI­LO­SOPHE*

uelle est la « re­li­gion » de « Star Wars »? Shin­toïsme, zo­roas­trisme ou gnos­ti­cisme re­viennent le plus sou­vent pour qua­li­fier l’énig­ma­tique culte je­di de la Force, au grand dam de tous les al­ler­giques au syn­cré­tisme new age. Mais il se pour­rait que la conster­na­tion des uns n’ait pas da­van­tage lieu d’être que l’ex­ci­ta­tion des autres. La sa­ga de George Lu­cas semble bel et bien être un film tout ce qu’il y a de plus ba­na­le­ment… ch­ré­tien.

Yo­da, ce vieil homme en robe de bure mi­tée, sem­blable à un moine qui au­rait quit­té son mo­nas­tère pour vivre dans la fo­rêt, par­mi les humbles et les oi­seaux, ne vous rap­pelle-t-il rien ? Et son élève, Luke, le pré­des­ti­né, qui doit ap­prendre à « croire » pour faire gran­dir la Force en lui, non plus ? (« Je n’ar­rive pas à y croire », lâche ce der­nier, dé­cou­ra­gé, du­rant sa for­ma­tion, à quoi son maître ré­pond el­lip­ti­que­ment : « Voi­là pour­quoi tu échoues… »)

« Star Wars » ra­conte en vé­ri­té une his­toire ap­prise au ca­té­chisme, celle de l’op­po­si­tion entre la Foi et la Loi : la Force, au­tre­ment dit la Grâce, le royaume des cieux (où vont les « sky wal­kers »), ap­par­tient à ceux qui croient et s’aban­donnent, pas à ceux qui craignent et se crispent. Le mes­sage est aus­si clair que ce­lui des épîtres de Paul : « Croyez, et vous se­rez sau­vés. » Ou di­sons que ce­lui des « 95 thèses » de Mar­tin Lu­ther : « La foi seule sauve » (so­la fide). Car « Star Wars » n’est pas un film seule­ment ch­ré­tien, c’est un film pro­tes­tant, comme on pou­vait lé­gi­ti­me­ment s’y at­tendre, s’agis­sant d’une pro­duc­tion amé­ri­caine. Si Maître Yo­da n’est pas Confucius, ce n’est en e et pas Paul non plus, ni même Fran­çois d’As­sise ou Maître Eck­hart : c’est d’abord et sur­tout Lu­ther, le ré­for­ma­teur de l’Eglise de Rome. Au-de­là de Dark Va­dor, l’ul­time com­bat du pe­tit moine vert l’op­pose à l’em­pe­reur, pape de cette nou­velle Rome

Maître Yo­da, « c’est d’abord

et sur­tout Lu­ther, le ré­for­ma­teur de l’Eglise

de Rome ».

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