Le roi des ca­si­nos contre Oba­ma

A coups de mil­lions de dol­lars et grâce à un lob­bying in­tense, le mil­liar­daire amé­ri­cain Shel­don Adel­son tente de convaincre les membres du Congrès de faire ca­po­ter l’ac­cord his­to­rique si­gné avec l’Iran. Va-t-il y par­ve­nir ?

L'Obs - - Grands Formats | États-Unis - DE NOTRE EN­VOYÉ SPÉ­CIAL À WASHINGTON VINCENT JAUVERT

Le sort du Moyen-Orient se joue dans un im­mense ca­si­no de Las Ve­gas – le Ve­ne­tian, 300 roulettes et 1 500 ma­chines à sous. C’est là que le mil­liar­daire Shel­don Adel­son, pro­prié­taire du lieu, peau­fine la for­mi­dable campagne que ses amis et lui viennent de lan­cer contre ce qu’ils ap­pellent le « nou­veau Mu­nich » : l’ac­cord his­to­rique entre l’Iran et les six grandes puis­sances, si­gné le 14 juillet der­nier à Ge­nève. Un « Iran deal » dont Ba­rack Oba­ma est très fier, mais que le ma­gnat des ca­si­nos, 13e for­tune des Etats-Unis et sou­tien in­dé­fec­tible de Be­nya­min Ne­ta­nya­hou, a dé­ci­dé de faire échouer cet été, coûte que coûte.

La me­nace est prise très au sé­rieux par la Mai­sonB­lanche. Le pré­sident amé­ri­cain vient, en per­sonne, de son­ner le toc­sin. Le 31 juillet, il a ap­pe­lé à la mo­bi­li­sa­tion gé­né­rale pour dé­fendre cet ac­cord – son prin­ci­pal suc­cès di­plo­ma­tique –, me­na­cé par les coups de bou­toir d’Adel­son et les at­taques des groupes « proIs­raël » de droite tels l’AI­PAC (Ame­ri­can Is­rael Pu­blic Af­fairs Com­mit­tee) ou CNFI (Ci­ti­zens for a Nu­clear Free Iran). « Soyez plus ac­tifs et plus bruyants [qu’eux], a im­plo­ré Ba­rack Oba­ma lors d’une confé­rence té­lé­pho­nique réunis­sant des mil­liers de par­ti­sans de l’“Iran deal”, no­tam­ment les groupes pro-Is­raël de gauche. Parce que le lob­bying d’en face est achar­né, im­pla­cable et très bien fi­nan­cé. » « Ce sont les mêmes, ajoute-t-il, qui ont pous­sé à la guerre en Irak. » Et qui, en 2003, ont réus­si à convaincre le Congrès de ren­ver- ser Sad­dam Hus­sein, avec les consé­quences dra­ma­tiques que l’on sait.

Comme il y a quinze ans sur l’Irak, la ba­taille sur l’« Iran deal » entre les fau­cons et les co­lombes s’an­nonce d’une grande fé­ro­ci­té. Elle va du­rer tout le mois d’août. L’en­jeu : le sou­tien d’une soixan­taine de par­le­men­taires dé­mo­crates. Pour­quoi eux ? Mi-sep­tembre, le Congrès doit s’ex­pri­mer sur l’ac­cord si­gné à Ge­nève. Les ré­pu­bli­cains – qui dis­posent d’une large ma­jo­ri­té dans les deux chambres – ont an­non­cé qu’ils vo­te­raient contre. Il fal­lait s’y at­tendre : de­puis quelques an­nées, le ma­gnat des ca­si­nos est le prin­ci­pal fi­nan­cier du Par­ti ré­pu­bli­cain, où il fait ré­gner la ter­reur sur le su­jet ira­nien. Lors d’une réunion, Shel­don Adel­son a, par exemple, dé­cla­ré que l’Amé­rique de­vrait uti­li­ser l’arme ato­mique contre l’Iran, sans que cette dé­cla­ra­tion fra­cas­sante ne sus­cite beau­coup de com­men­taires ré­pro­ba­teurs par­mi les par­le­men­taires ré­pu­bli­cains, avides de ses mil­lions.

Mais le vote né­ga­tif du Congrès, d’ores et dé­jà ac­quis, ne se­ra pas la fin de l’his­toire. D’après la Cons­ti­tu­tion amé­ri­caine, Ba­rack Oba­ma pour­ra y op­po­ser son ve­to pré­si­den­tiel. Et c’est à ce mo­ment-là, vers le 15 sep­tembre, que tout va se jouer. Car le Congrès peut, à son tour, an­nu­ler ce ve­to. Pour ce faire, il faut une « su­per­ma­jo­ri­té » des deux tiers dans chaque chambre. Tous les com­men­ta­teurs po­li­tiques ont fait le cal­cul : il suf­fi­rait que 60 par­le­men­taires dé­mo­crates – 47 re­pré­sen­tants et 13 sé­na­teurs – joignent leurs voix à celles des ré­pu­bli­cains pour que cette « su­per­ma­jo­ri­té » soit at­teinte, et le ve­to se­rait alors an­nu­lé, et l’ac­cord his­to­rique, re­je­té. Un tel scé­na­rio ca­tas­trophe,

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