Wi­kiLeaks sous le se­cond Em­pire

PAR JEAN-NOËL TAR­DY, LES BELLES LETTRES, 670 P., 35 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - LAURENT LE­MIRE

On les ap­pe­lait les char­bon­niers en France et les car­bo­na­ri en Italie. L’his­to­rien Au­gus­tin Thier­ry ou le phi­lo­sophe Vic­tor Cou­sin jouèrent un rôle non né­gli­geable dans cette so­cié­té secrète de la bour­geoi­sie qui vou­lait re­don­ner au peuple sa sou­ve­rai­ne­té. C’était au siècle, la pé­riode la plus riche en com­plots de l’his­toire fran­çaise, nous dit Jean-Noël Tar­dy. Pour le dé­mon­trer, il pro­pose de vi­si­ter ces ca­ta­combes de la po­li­tique, lieux in­ter­lopes où se fa­brique une autre vi­sion du pays, à coups d’uto­pies, d’at­ten­tats et de com­bats si­len­cieux. Par­mi ces in­sur­gés, on trouve le ré­pu­bli­cain et com­mu­niste Buo­nar­ro­ti, Blan­qui et son en­ne­mi ju­ré Bar­bès, ou bien en­core des ro­man­tiques ten­tés par le fris­son de la conspi­ra­tion. De 1820 à 1870, des mo­nar­chies cen­si­taires à la fin du se­cond Em­pire, Jean-Noël Tar­dy exa­mine ces so­cié­tés se­crètes qui gra­vitent au­tour de la Char­bon­ne­rie. Il dé­busque les conju­rés res­tés dans l’ombre et s’in­ter­roge sur le rôle trouble de la po­lice qui laisse par­fois se développer ces me­naces pour mieux les ré­pri­mer. Par dé­fi­ni­tion, de ces com­plots our­dis à l’écart du monde la po­pu­la­tion ne sait rien. Elle en ap­prend l’exis­tence au mo­ment où ceux-ci prennent fin, lors­qu’ils sont dé­voi­lés au grand jour, le plus sou­vent lors d’un at­ten­tat ou d’une ar­res­ta­tion. C’est pour­quoi l’opi­nion pu­blique re­fuse ma­jo­ri­tai­re­ment ces tru­blions qui n’ap­portent que de l’in­sta­bi­li­té. Pour­tant, du­rant ces cin­quante ans, au­cune conspi­ra­tion n’a fait tom­ber le ré­gime po­li­tique éta­bli. Le seul à avoir réus­si son coup d’Etat, c’est LouisNa­po­léon Bo­na­parte qui ren­verse la IIe Ré­pu­blique. Mais le prince-pré­sident n’entre pas dans la ca­té­go­rie des com­plo­teurs types. L’avè­ne­ment de la IIIe Ré­pu­blique n’em­pêche pas la for­ma­tion d’o cines avec Boulanger ou « la Ca­goule », mais une autre ma­nière de pen­ser l’his­toire s’éla­bore. Pour au­tant, si les com­plo­teurs dis­pa­raissent de la vie po­li­tique, la théo­rie du com­plot, elle, fait des ra­vages dans les têtes. C’est tout l’in­té­rêt de ce tra­vail de re­cherche, ha­bi­le­ment me­né par ce jeune his­to­rien qui en­seigne à l’Ins­ti­tut d’Etudes po­li­tiques de Paris. Il montre que le se­cret ne dis­pa­raît pas avec la dé­mo­cra­tie. Il se di­lue en elle, tan­dis que la trans­pa­rence est éri­gée en ver­tu car­di­nale. Jus­qu’à ce que les a aires Wi­kiLeaks ré­vèlent que les sou­ter­rains n’ont pas dis­pa­ru…

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