Un Afri­cain à La Ha­vane

PAR TIER­NO MO­NÉ­NEM­BO, SEUIL, 188 P., 17 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - CLAIRE JUL­LIARD ANNE CRI­GNON

Un Afri­cain à Cu­ba à la re­cherche de ses ori­gines, ce­la n’a rien d’or­di­naire. Le vieil Igna­tio qui le cueille à l’aé­ro­port n’ou­blie­ra ja­mais ce Gui­néen ar­ri­vé de Paris, sur­nom­mé El Pa­lenque, un mu­lâtre qui aime boire du rhum et dan­ser et qui, chaque jour, se re­cueille une fleur à la main sur une tombe du cimetière de Colón. Igna­tio le guide dans la ville, l’ins­talle chez le señor Ro­ber­to et lui pré­sente ses amis : Poète, l’éru­dit so­li­taire, El Me­nor, le chan­teur. Puis l’étran­ger re­part en France. Un an après, Igna­tio dé­cide de lui ré­vé­ler tout ce qu’il sait de sa mys­té­rieuse fi­lia­tion. « Le mo­ment est ve­nu de par­ler, El Pa­lenque. Main­te­nant ou ja­mais. » Sa lettre fleuve aux ac­cents épiques consti­tue la ma­tière de cet éton­nant ro­man. Ce­lui-ci re­late les amours mal­heu­reuses de Ju­lia­na, la belle Cu­baine, et du Gui­néen Sam-Saxo, un mu­si­cien ve­dette dé­bar­qué sur l’île à bord d’un gi­gan­tesque pa­que­bot so­vié­tique dans les an­nées 1970. De leur pas­sion tu­mul­tueuse est né un fils, le des­ti­na­taire de la lettre. Son père a gar­dé l’en­fant au­près de lui en Afrique, après la faillite de son couple. Ain­si, El Pa­lenque n’a pas vrai­ment connu sa mère. Il n’a conser­vé d’elle qu’une chan­son, la ren­gaine en­tê­tante qu’elle avait tou­jours aux lèvres. Et dont le ré­cit res­sus­cite la mé­lan­co­lie. Tout comme il re­crée les cou­leurs, la vi­ta­li­té et l’at­mo­sphère foi­son­nante de La Ha­vane. Dans ce livre en­voû­tant, un peu fou, la tra­gé­die se noie dans l’al­cool et la sal­sa.

« Le Cri du peuple » eut son feuille­ton d’hi­ver. En 1884, de jan­vier à mars, Jules Val­lès (photo) pu­blie ses sou­ve­nirs d’étu­diant dans ce quo­ti­dien en­ga­gé qu’il a lui-même fon­dé en 1871. Il sou re de dia­bète – l’an­née sui­vante il se­ra mort. Neuf ans d’un exil dou­lou­reux pour pu­nir ses ar­deurs de com­mu­nard l’ont cas­sé. Ce ré­cit des jours de dèche au quar­tier La­tin com­plète « le Ba­che­lier », pa­ru trois ans plus tôt. Au ly­cée Bo­na­parte (Con­dor­cet au­jourd’hui), le jeune Val­lès cherche en vain chez ses pairs un feu in­té­rieur et face à ses maîtres un su­jet d’ad­mi­ra­tion. Il n’est heu­reux au fond que dans ces fa­milles pauvres qui le gardent à dî­ner après avoir don­né vingt sous contre une heure de la­tin à leur en­fant et ajoutent, pour lui, un bout de lard dans la soupe, ra­vis d’avoir à table « un édu­qué ». De la pas­sion des idées ou d’un dé­goût gran­dis­sant qu’il voile comme il peut, on ne sait ce qui le consume le plus. « Je ne sa­vais en­core que ceux qui se jettent dans le cou­rant et le re­montent sont rares. » Il a 17 ans, il va lui fal­loir un des­tin.

SOU­VE­NIRS D’UN ÉTU­DIANT PAUVRE,

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