La France a chaud

PAR RA­PHAËL JA­COU­LOT. DRAME FRAN­ÇAIS, AVEC JEAN-PIERRE DAR­ROUS­SIN, GRÉ­GO­RY GA­DE­BOIS, KA­RIM LEK­LOU, CA­ROLE FRANCK (1H42).

L'Obs - - Critiques - PASCAL MÉRIGEAU

Pas sa faute, au Jo­sef, s’il est un peu neu­neu. A sa nais­sance, son cer­veau a man­qué d’oxy­gène, comme sa mère le rap­pelle à l’oc­ca­sion, alors for­cé­ment ce grand gar­çon n’est pas comme les autres. Et d’ailleurs, les siens non plus ne sont pas comme les autres, fer­railleurs qui ne se mé­langent guère aux ha­bi­tants du vil­lage. Les­quels doivent en­du­rer de­puis quelque temps une suc­ces­sion d’ava­nies, rien de bien grave en­core, mais enfin ça énerve. Plus en­core quand la campagne est écra­sée de soleil et que l’eau vient à man­quer. Sous le re­gard bon­homme du maire (Jean-Pierre Dar­rous­sin, photo), qui s’e orce de tem­pé­rer les ar­deurs de ses ad­mi­nis­trés, Diane (Ca­role Franck, photo), so­lide fer­mière qui marche vite et parle haut, se dé­mène pour faire va­loir ses in­té­rêts. Elle mi­lite pour la mise à l’ombre du Jo­sef, ou au moins pour qu’il de­meure can­ton­né à la cour de la mai­son fa­mi­liale, lui qui pré­ci­sé­ment ne tient pas en place. Seule­ment voi­là, lorsque Jo­sef, émous­tillé par la jeu­nesse lo­cale, qui s’en­nuie à cre­ver et a fait de lui son sou re-dou­leur, s’en prend à une dame âgée (elle par­vient à le mettre en fuite avant qu’il n’ait com­mis l’ir­ré­pa­rable), la tem­pé­ra­ture monte en­core d’un cran…

Au­teur de deux films re­mar­qués, « Avant l’aube » sur­tout (avec Jean-Pierre Ba­cri et Vincent Rot­tiers), Ra­phaël Ja­cou­lot confirme les es­poirs pla­cés en lui. Avec maî­trise, il conduit le spec­ta­teur sur les mêmes fausses pistes où s’en­gagent les gens du vil­lage, des plus vin­di­ca­tifs aux plus réservés, par­mi les­quels un ar­ti­san (Gré­go­ry Ga­de­bois) ins­tal­lé de­puis peu avec sa femme et leur pe­tite fille. Un des grands mé­rites de « Coup de chaud » ré­side dans l’équi­libre : à me­sure que les preuves s’ac­cu­mulent, qui toutes n’en sont pas for­cé­ment, et que l’étau se res­serre sur Jo­sef, le film ins­talle la ten­sion au moyen d’e ets de suspense me­su­rés. Il y a la vo­lon­té de ne pas consi­dé­rer de haut les per­son­nages, de les trai­ter tous à éga­li­té. Tout est ques­tion de point de vue, donc de place de ca­mé­ra, et ce que le ci­néaste choi­sit de lais­ser hors champ im­porte bien da­van­tage que ce qu’il dé­cide de mon­trer. La dis­tri­bu­tion est ex­cel­lente, do­mi­née par l’im­pec­cable Ka­rim Lek­lou, qui ap­porte à Jo­sef toute la com­plexi­té sou­hai­tée.

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