Gia­co­met­ti est à Lan­der­neau

JUS­QU’AU 25 OC­TOBRE, FONDS HÉ­LÈNE & ÉDOUARD LECLERC POUR LA CULTURE, LAN­DER­NEAU, 02-29-62-47-78. CA­TA­LOGUE DE L’EX­PO : FONDS LECLERC/ FON­DA­TION GIA­CO­MET­TI, 214 P., 35 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - BER­NARD GÉNIÈS

Jour tran­quille à Lan­der­neau. Dans les salles du Fonds Hé­lène & Edouard Leclerc, les tou­ristes dé­am­bulent en te­nue d’été. Le lieu (un an­cien couvent) n’est pas in­ti­mi­dant, les es­paces sont aé­rés. De­vant les oeuvres, des mé­dia­teurs sont tou­jours prêts à ré­pondre aux ques­tions des vi­si­teurs. L’ex­po­si­tion est im­por­tante, puis­qu’elle réunit près de 150 oeuvres de Gia­co­met­ti (1901-1966). Sculp­tures, des­sins, pein­tures, li­tho­gra­phies pro­viennent de la Fon­da­tion Gia­co­met­ti. Ca­the­rine Gre­nier, la di­rec­trice de cette ins­ti­tu­tion, a conçu un par­cours à la fois chro­no­lo­gique et thé­ma­tique qui per­met de dé­cou­vrir les prin­ci­pales étapes de la créa­tion de l’ar­tiste.

Gia­co­met­ti a tou­jours été un cher­cheur in­quiet. Mar­qué à ses dé­buts par le sur­réa­lisme et l’art afri­cain (on ver­ra par exemple ici un plâtre de sa cé­lèbre « Femme cuillère » ou en­core deux « Femme plate »), il dé­li­mite bien­tôt un champ d’in­ves­ti­ga­tion dont il se­ra le seul maître. Le sculp­teur et peintre suisse com­pose ain­si, dans une chambre d’hô­tel ge­ne­voise, un en­semble de sculp­tures dont la taille est fon­dée sur l’ob­ser­va­tion d’un per­son­nage vu à dis­tance. Ces mi­nus­cules fi­gu­rines (quelques cen­ti­mètres de hau­teur) semblent sur le point de dis­pa­raître, sil­houettes éva­nes­centes d’un monde qui a l’air de se dé­ro­ber. Dans une sec­tion voi­sine de l’ex­po­si­tion, on ver­ra d’ailleurs que pour Gia­co­met­ti le socle n’est pas un élé­ment dé­co­ra­tif mais qu’il est par­tie in­té­grante de l’oeuvre, comme viennent le rap­pe­ler ici ses « Stèles ».

Ex­plo­ra­teur, Gia­co­met­ti le de­meure face à la toile. Ses « pein­tures noires », ses por­traits (de son frère Die­go et de sa femme An­nette) sont mar­qués par cette re­cherche des­ti­née non pas à re­pro­duire le réel mais bien plu­tôt à es­sayer de tra­duire ce que lui-même per­çoit face au mo­dèle. La quête de Gia­co­met­ti est sans fin : on sait les heures, les jours pas­sés de­vant ses ta­bleaux, des­sins et sculp­tures pour mettre en forme ce qu’il per­çoit. Des oeuvres em­blé­ma­tiques (« l’Homme qui marche I », la pre­mière ver­sion de « la Cage », deux plâtres des « Femmes de Ve­nise » qui ont été res­tau­rés) ja­lonnent ce très bel en­semble, su­per­be­ment pré­sen­té. Tout l’es­prit de Gia­co­met­ti est là.

« Femme cuillère », 1927.

AL­BER­TO GIA­CO­MET­TI.

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