Vous par­lez des do­mes­tiques comme des « éter­nelles in­vi­sibles ».

L'Obs - - Grands Formats -

Même quand la do­mes­ti­ci­té était chose cou­rante – on comp­tait 1 mil­lion de bonnes en France au dé­but du siècle –, il y avait une vo­lon­té de mettre à l’écart les do­mes­tiques. Elles dor­maient dans les chambres de bonne, dont l’ac­cès était ré­ser­vé par l’es­ca­lier de ser­vice. Il ne fal­lait sur­tout pas se mé­lan­ger. L’es­ca­lier de ser­vice existe tou­jours… C’est ce que montre notre en­quête dans ce monde pa­ral­lèle, avec des va­lets obli­gés de grim­per cinq étages à pied pour ne pas prendre l’as­cen­seur des maîtres ! Cer­taines choses n’ont pas chan­gé. Ja­dis, ce­la dit, les do­mes­tiques avaient au moins une exis­tence dans l’es­pace pu­blic : au marché, dans la rue… Au­jourd’hui, les do­mes­tiques (à l’ex­cep­tion des nou­nous) ont dis­pa­ru de l’es­pace pu­blic. Il n’y a plus que chez les très riches qu’on em­ploie du per­son­nel à do­mi­cile. Les bonnes à ta­blier ont été rem­pla­cées par les femmes de mé­nage qui mul­ti­plient les employeurs. Et ces der­nières sont en­core plus in­vi­sibles. D’ailleurs, elles ne voient pas sou­vent leur pa­tron(ne), qui leur laisse les clés de l’ap­par­te­ment… Idem dans les en­tre­prises, où on de­mande au per­son­nel de net­toyage de ve­nir tôt le ma­tin ou très tard, pour ne ja­mais croi­ser les sa­la­riés. Per­sonne ne veut les voir… C’est pour ce­la que lorsque les do­mes­tiques font ir­rup­tion dans l’es­pace pu­blic, ce­la fait tou­jours scan­dale !

Comme lors du pro­cès Bet­ten­court. Ou en­core lors de l’a aire DSK-So­fi­tel, avec cette ma­ni­fes­ta­tion des femmes de chambre à New York avec le slo­gan « Shame on you ». Plus ré­cem­ment, je pense à la grève des femmes de chambre des pa­laces, ré­cla­mant de meilleures condi­tions de tra­vail, fin 2014. Ces femmes sont tel­le­ment re­lé­guées dans l’in­vi­si­bi­li­té que lors­qu’elles prennent la pa­role, c’est un choc. Elles sont alors les hé­ri­tières des ser­vantes et va­lets des pièces de théâtre de Ma­ri­vaux ou de

Femme de chambre, au dé­but du siècle.

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