Vous avez dou­té de votre livre ?

L'Obs - - Culture -

Bien sûr, un mo­ment. J’étais da­van­tage sur­pris par la dé­ci­sion al­le­mande que par la fran­çaise. Je pen­sais que les Al­le­mands étaient moins sen­sibles sur le su­jet, parce qu’ils ont fait le tra­vail de mé­moire. Ils ont ac­com­pli un e ort im­mense au ni­veau de l’in­cons­cient col­lec­tif alors que la France n’a pas été aus­si cou­ra­geuse. Ce­la dit, je me suis sou­ve­nu de ce que mon père di­sait tou­jours au su­jet des édi­teurs : si l’un d’entre eux re­fuse un livre, la rai­son en est tou­jours com­mer­ciale. Ils pensent que le livre ne mar­che­ra pas. C’est ce ju­ge­ment qui a pré­va­lu, à mon avis. Ils ont eu leur compte de livres sur l’Ho­lo­causte. Ils en ont as­sez.

Mais le livre est ex­cellent ! Gal­li­mard ne m’a don­né au­cune rai­son. En ré­ponse aux ques­tions de la presse, ils ont dit que le livre était cho­quant. C’est ab­surde. Com­ment le livre a-t-il été re­çu ailleurs ? Aux EtatsU­nis, par exemple ? Bien. Mieux que mes livres pré­cé­dents. En An­gle­terre, ça se passe as­sez mal en gé­né­ral. Et là, c’était très bon. Mais j’oc­cupe une po­si­tion à part dans mon pays, liée je pense – je l’ai tou­jours pen­sé – à mon père. Quand j’ai com­men­cé à écrire, ça ne sem­blait dé­ran­ger per­sonne que je sois le fils d’un écri­vain [King­sley Amis, NDLR]. Mais cette so­cié­té est de­ve­nue si éga­li­taire que je suis à pré­sent une sorte de prince Charles de la lit­té­ra­ture, aux yeux de mes conci­toyens. Vous avez d’ailleurs ren­con­tré le prince Charles plu­sieurs fois… Oui, c’est un type bien, très char­mant à sa ma­nière. Mais, toutes les trois minutes, il sort des phrases du style : « Eh bien, je suis dé­so­lé, mais pour ma part je pense que… » Il est com­plè­te­ment im­bu de cette au­to­ri­té ima­gi­naire qui lui a été confé­rée par les ha­sards de la nais­sance. En ce qui me concerne, les gens ont fi­ni par me re­pro­cher in­cons­ciem­ment d’avoir sui­vi le même che­min que mon père, d’avoir ti­ré ma lé­gi­ti­mi­té d’écri­vain de la sienne. Vous avez aus­si, par­fois, fait scan­dale in­ten­tion­nel­le­ment, avec des prises de po­si­tion ris­quées. Je ne cherche pas le scan­dale. Ma femme me dit tou­jours : « Ne dis rien du tout. Plus ja­mais d’in­ter­view, ja­mais. Et plus d’al­cool pen­dant les in­ter­views. »

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