L’amour est dans le pré

PAR CA­THE­RINE COR­SI­NI, CO­MÉ­DIE DRA­MA­TIQUE FRAN­ÇAISE, AVEC CÉ­CILE DE FRANCE, IZÏA HI­GE­LIN, NOÉ­MIE LVOVS­KY, KÉ­VIN AZAÏS (1H45).

L'Obs - - Critiques - PASCAL MÉRIGEAU

En ce dé­but des an­nées 1970, Del­phine (Izïa Hi­ge­lin, à gauche photo) donne la main à ses pa­rents, ex­ploi­tants agri­coles dans le Li­mou­sin. De­puis l’en­fance, un gar­çon lui est pro­mis (Ké­vin Azaïs, ré­vé­lé par « les Com­bat­tants »), qui at­tend ti­mi­de­ment qu’elle se dé­cide. Mais Del­phine est amou­reuse. Amou­reuse d’une autre fille, ce qu’en ce temps-là, dans la France pro­fonde, il convient de ca­cher et de taire (même si le film montre aus­si, avec toute la dis­cré­tion sou­hai­tée, qu’il ar­ri­vait qu’à Paris on en­voie les ho­mos en hô­pi­tal psy­chia­trique). Cet amour im­pos­sible prend fin bien­tôt. Del­phine part alors pour Paris, où elle dé­couvre que des femmes, qui a prio­ri lui ressemblent peu, luttent pour faire va­loir leurs droits, s’épou­monent dans les am­phis, courent à perdre ha­leine dans les rues, ri­di­cu­lisent les com­por­te­ments machistes. Au pre­mier rang de celles-ci, la blonde Ca­role (Cé­cile de France, à droite photo), prof d’es­pa­gnol, dont la beau­té au­tant que la li­ber­té a chée sub­juguent Del­phine. Ca­role vit avec un homme, elle re­pousse les pre­mières avances de Del­phine, et puis…

C’est une his­toire d’amour au fé­mi­nin. Une his­toire d’amour qui, de Paris, se dé­place dans le Li­mou­sin, lorsque Del­phine se voit contrainte de re­ve­nir à la ferme, après qu’un ac­ci­dent vas­cu­laire eut ré­duit son père à l’im­mo­bi­li­té et au si­lence. Les deux amou­reuses s’aiment dans les sous-bois et les che­mins creux. Quand la ferme s’en­dort, Ca­role se glisse dans le lit de Del­phine, qui se lève à l’aube et ose à peine sou­rire lorsque Ca­role, che­ve­lure au vent et seins à l’air, en­tre­prend de cour­ser les vaches. Pour en­tre­te­nir le feu que le film a al­lu­mé, il fal­lait qu’entre les deux per­son­nages et les deux ac­trices, si dis­sem­blables de phy­sique et d’es­prit, l’al­chi­mie opère : Cé­cile de France et Izïa Hi­ge­lin sont ma­gni­fiques l’une et l’autre, sous le re­gard épui­sé de Noé­mie Lvovs­ky, la mère de Del­phine, qui re­fuse d’aper­ce­voir une réa­li­té qu’elle n’est pas en me­sure d’ad­mettre. Il fal­lait aus­si, peut-être et sur­tout, une sû­re­té de mise en scène et un doig­té ex­cep­tion­nels : la maî­trise dont fait montre Ca­the­rine Cor­si­ni n’est ja­mais a chée, à l’image des sen­ti­ments qui unissent les per­son­nages. La ci­néaste ne re­cule de­vant rien, il lui ar­rive même de se por­ter au-de­vant des di cultés : on le sait, au ci­né­ma (comme dans la vie…), ce sont les gares qui, sou­vent, ac­cueillent les scènes les plus dé­chi­rantes ; celle qu’a ima­gi­née et des­si­née Ca­the­rine Cor­si­ni est une des plus belles qui soient. A mon­trer dans les écoles de ci­né­ma.

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