Au­diard en or

PAR JACQUES AU­DIARD. DRAME FRAN­ÇAIS, AVEC AN­TO­NY­THA­SAN JE­SU­THA­SAN, KA­LIEAS­WA­RI SRI­NI­VA­SAN, CLAU­DINE VI­NA­SI­THAM­BY, VINCENT ROT­TIERS, MARC ZIN­GA (1H50).

L'Obs - - Critiques - PASCAL MÉRIGEAU

Cette fois, ses dé­trac­teurs ne pour­ront pas re­pro­cher à Jacques Au­diard de ne pas prendre de risques : « Dhee­pan » est un film par­lé pour l’es­sen­tiel en langue ta­moule, sans ac­teurs connus (à l’ex­cep­tion de Vincent Rot­tiers) et dont les pro­ta­go­nistes prin­ci­paux ap­par­tiennent à cette ca­té­go­rie que l’on pré­fère ne pas voir et que, du coup, on fi­nit par ne pas voir en e et. Ils viennent du Sri Lan­ka, et ont fui la guerre. Sur un trot­toir pa­ri­sien l’homme vend des ba­bioles, dont l’ap­pa­ri­tion sur l’écran s’ac­com­pagne d’un chant li­tur­gique, voix de hau­te­contre, qui d’em­blée confère au per­son­nage une di­men­sion presque hé­roïque. Au­diard sait ce qu’est le ci­né­ma. Il sait aus­si re­trou­ver les thèmes qui lui sont chers, qui ad­viennent sans qu’il l’ait sou­hai­té for­cé­ment, sans même peut-être qu’il en ait conscience : comme dans plu­sieurs de ses films pré­cé­dents, il va être ques­tion d’une fa­mille. Ici il s’agit d’une fausse fa­mille, celle que com­posent par obli­ga­tion Dhee­pan, Ya­li­ni et Il­layaal, la ga­mine de 9 ans qu’ils pré­sentent comme leur propre fille. De cet as­sem­blage de cir­cons­tance une vraie fa­mille va-t-elle naître ? C’est un des en­jeux ma­jeurs du film, dont les mo­tifs s’en­tre­croisent et se com­binent avec ceux pro­duits par la si­tua­tion du couple, gar­diens dans une ci­té qu’ils ob­servent comme un monde étran­ger et à part. Un monde qu’ils doivent com­prendre. Dhee­pan ai­me­rait cap­ter ces traits qui font rire les autres et le laissent de marbre, seule­ment voi­là, Ya­li­ni le lui dit dans un éclat de rire. Le lan­gage n’est pas en cause, seule­ment le fait qu’il manque ab­so­lu­ment d’hu­mour.

C’est dans un mo­ment comme ce­lui-ci, une des plus belles scènes du film, por­tée par les ac­teurs ex­tra­or­di­naires que sont An­to­ny­tha­san Je­su­tha­san et Ka­lieas­wa­ri Sri­ni­va­san, qu’entre eux l’amour sur­vient. L’amour qui va faire de Dhee­pan le guer­rier qu’il fut na­guère. Le bas­cu­le­ment du per­son­nage peut sem­bler un peu bru­tal, mais enfin il fal­lait bien que ce­la fi­nisse par écla­ter pour qu’enfin la vio­lence s’em­pare du film. « Dhee­pan » est ar­ri­vé à Cannes à peine ter­mi­né ; Au­diard, s’il avait eu le temps pour ce­la, en au­rait peut-être mo­di­fié le mon­tage, un peu abrupt dans la der­nière par­tie, mais voi­là, la palme d’or a ren­du toute mo­di­fi­ca­tion im­pos­sible. Et tout compte fait, c’est très bien ain­si.

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