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UNI­VER­SAL THEMES (CAL­DO VERDE/ROUGH TRADE).

L'Obs - - Critiques - FRAN­ÇOIS ARMANET

Sun Kil Moon, c’est Mark Ko­ze­lek (photo), pun­cheur comme le boxeur co­réen Sung-kil Moon – pe­tite lé­gende chez les su­per­lé­gers –, et dé­pri­mé chronique si l’on en­tend « Le Soleil tue la Lune ». A 48 ans, ce na­tif de l’Ohio, fé­ru de boxe et ci­né­phile for­ce­né, a une flo­pée d’al­bums à son ac­tif. D’abord au sein des Red House Pain­ters, fi­gure du rock al­ter­na­tif de San Fran­cis­co, puis en so­lo, ou en lea­der du groupe Sun Kil Moon, dont il tient seul la barre pour ce sep­tième al­bum. C’est par­ti pour une heure et onze minutes : huit chan­sons de neuf minutes en moyenne. Ar­pèges acous­tiques et fu­rieuses mon­tées élec­triques. La voix char­bon­neuse où sourd la vio­lence se voile de dé­chi­rures. Un flot par­fois mur­mu­ré, un chant hyp­no­tique. Ko­ze­lek livre son jour­nal de bord. Lu­mi­neux comme une lune rousse, sombre comme un soleil pâle. Tranches de vie, ami­tiés mar­tiales et mu­si­cales, his­toires d’amour à dor­mir de­bout, dé­rives au­to­mo­biles et vols trans­at­lan­tiques. Le « Da­vid Fos­ter Wal­lace du rock » nous em­porte dans ses sou­ve­nirs d’en­fance, cha­rades hal­lu­ci­nées, scènes du quo­ti­dien syn­co­pées. Ko­ze­lek dé­taille un opos­sum aux yeux sombres, passe par Sau­sa­li­to et le lac Ta­hoe, veut mou­rir en écou­tant Maurice Ravel. Il croise Jim­my Page sur un sen­tier al­pin, lit les contes de Graham Nash, re­voit les com­bats de Mike Ty­son et Mu­ham­mad Ali, écoute Eric Clap­ton, Neil Young, Son­ny and Cher. Ob­serve des tor­tues, fait des siestes sous Va­lium, ra­conte son ob­ses­sion pour les Doors, se pro­jette avec Mar­tin Sheen dans « Apo­ca­lypse Now ». En­voû­tant.

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