PAR JÉ­RÔME GAR­CIN

L'Obs - - Critiques -

Dé­ci­dé­ment, les Belges ont un grain. Leur ci­né­ma aus­si. Un grain de beau­té. D’une beau­té gla­ciale, hal­lu­ci­née, e rayante et hi­la­rante. Dans « les Pre­miers, les der­niers », l’ex­cellent qua­trième long­mé­trage, comme réa­li­sa­teur, du co­mé­dien Bou­li Lan­ners, les pay­sages sont sé­pul­craux et l’image est somp­tueuse. Ce wes­tern wal­lon, où deux chas­seurs de primes (Bou­li Lan­ners et Al­bert Du­pon­tel) re­cherchent un té­lé­phone por­table aux images com­pro­met­tantes, est un road-mo­vie apo­ca­lyp­tique et sur­réa­liste, mix de Re­né Ma­gritte et de Louis Scu­te­naire, où, dans un en­tre­pôt en ruine, dort une mo­mie et passe un cerf élaphe, tan­dis que Jé­sus, la main trouée par une balle, marche sur une voie d’aé­ro­train et que Mi­chael Lons­dale pro­nonce, avec Max von Sy­dow, une orai­son fu­nèbre dans un champ lu­gubre. Gran­diose si­nis­trose. Moins drôle, mais tout aus­si an­xio­gène et ka aïen, « Préjudice », le pre­mier long-mé­trage du Belge An­toine Cuy­pers. Un gar­çon in­ache­vé et tor­tu­ré de 32 ans, Cé­dric (Tho­mas Blan­chard), pour­rit la vie de ses pa­rents (Na­tha­lie Baye et le chan­teur fla­mand Ar­no). On ignore de quelle ma­la­die men­tale il sou re, pour­quoi on le li­gote sur son lit, pour­quoi il en­rage en ap­pre­nant que sa soeur est en­ceinte, d’où vient qu’il veut par­tir pour le Ty­rol, com­ment il s’em­ploie à se­mer la ter­reur dans la mai­son, mais on sait que le cau­che­mar, ryth­mé par un bil­bo­quet, ne ces­se­ra pas. Ce que montre An­toine Cuy­pers est aus­si puis­sant que ce qu’il cache. Et comme chez Bou­li Lan­ners, on n’est ja­mais à l’abri d’un dé­ra­page in­con­trô­lé. Pour fil­mer si bien les mar­gi­naux, il ne faut pas seule­ment être belge, il faut aus­si être un peu pa­ra­noïaque. J. G.

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