HU­MEUR

L'Obs - - Culture - PAR JÉ­RÔME GAR­CIN

Mer­ci de ne pas pas­ser à cô­té de ce très beau pe­tit livre, qui ne s’avan­tage pas et qui se mé­rite. Pu­blié chez Do­mens, à Pé­ze­nas, sous une cou­ver­ture jan­sé­niste, si­gné par un écri­vain nî­mois que ses textes sur No­va­lis ou Char, ses poèmes, frag­ments et in­ven­taires ont ren­du pré­cieux, mais pas cé­lèbre, « le Pa­lais d’été » (13 eu­ros) est, en ap­pa­rence, un al­bum de re­grets. Serge Ve­lay se re­mé­more en ef­fet son ami Jean Car­rière, dis­pa­ru en 2005 et dont « l’étoile a pâ­li », qu’il al­lait au­tre­fois vi­si­ter dans sa mai­son de Do­mes­sargues. Le ro­man­cier de « l’Eper­vier de Ma­heux », prix Gon­court 1972, y vi­vait tou­jours der­rière des vo­lets clos. Car la lu­mière du Gard et la beau­té du monde fai­saient souf­frir cet homme à « gueule d’In­dien » qui pleu­rait en­core son pa­ra­dis de l’en­fance et ses pa­rents mu­si­ciens. Bien­heu­reux et si dou­lou­reux Jean Car­rière. Il ai­mait Hé­ra­clite, Gio­no, Ra­vel, Mel­ville, Si­gour­ney Wea­ver, et ne s’ai­mait pas. « Il avait de­man­dé à la lit­té­ra­ture plus qu’elle ne peut don­ner », écrit ce­lui qui l’a ac­com­pa­gné jus­qu’à son der­nier sou­pir et le fait re­vivre au­jourd’hui dans une prose enchanteresse. Ce por­trait fra­ter­nel de l’au­teur d’« Un jar­din pour l’éter­nel » se double d’un art cy­né­gé­tique d’écrire et même d’un trai­té de sauvagerie, où Serge Ve­lay ré­per­to­rie les rai­sons qu’avaient ces deux grands ré­vol­tés de croire à la puis­sance des mots, à la mu­sique des phrases, aux ver­tus de la so­li­tude et à la pré­sence des morts. Sur le bu­reau de Jean Car­rière, as­sure son ami, rien n’a bou­gé, les feuilles et les sty­los l’at­tendent.

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