Bon­jour tris­tesse

NOS AN­NÉES ÉPER­DUES, PAR FRAN­ÇOIS BOTT, LE CHERCHE MI­DI, 96 P., 12 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - JÉ­RÔME GAR­CIN

C’est, cou­chée au­jourd’hui sur les plages de Deau­ville et Trou­ville, sous les ciels éter­nels de Du­fy et les mer­veilleux nuages de Sa­gan, l’his­toire d’une gé­né­ra­tion. Celle des jeunes in­tel­los fran­çais des an­nées 1950 qui vou­laient ré­con­ci­lier Sartre et Ca­mus, croyaient en Men­dès France, étaient sou­dés par une ami­tié de mous­que­taires et n’ima­gi­naient pas mou­rir dans les Au­rès. Ra­phaël de Pré­ville, 26 ans, ap­pe­lé d’Al­gé­rie, y fut tué lors d’une em­bus­cade, en mars 1962, quelques jours avant le ces­sez-le-feu. Jules Del­mas ne l’a ja­mais ou­blié. Il re­vient en Nor­man­die res­pi­rer l’air ma­rin du pas­sé, lorsque la vie était en­core une pro­messe, et se sou­ve­nir de son ami, de son frère élec­tif, qui avait une par­ti­cule, un beau ma­noir, une Vespa, un pro­fil de ra­pace et des lettres – les deux gar­çons de 18 ans at­ten­daient la Marthe de Ra­di­guet et la Ju­liette de Gi­rau­doux. Ra­phaël était Ara­mis et Jules, d’Ar­ta­gnan. Le quar­tier La­tin de­vint leur ro­man d’aven­tures. Jus­qu’à la mort de Ra­phaël, qui lais­sa une jeune veuve de guerre, un ma­nus­crit in­ache­vé sur la bal­le­rine russe Ta­ma­ra Tou­ma­no­va et un vide im­mense dans le coeur de Jules. Ecrit piz­zi­ca­to et peint à l’aqua­relle, ce bref ro­man, où Fran­çois Bott égrène ses propres sou­ve­nirs et semble re­te­nir le temps, est d’une mé­lan­co­lie poi­gnante. Et d’une jeu­nesse en­viable.

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