10 CHOSES À SA­VOIR SUR…

Jean-Marc Ay­rault

L'Obs - - Le Sommaire - JU­LIEN MARTIN et RE­NAUD DÉLY

1 GRAND VOYA­GEUR Les ca­mé­ras l’ont re­trou­vé là où elles l’avaient lais­sé : à la gare Mont­par­nasse. N’ayant pas de lo­ge­ment à Pa­ris, Jean-Marc Ay­rault avait sau­té dans un train, aus­si­tôt après avoir pris congé de son ap­par­te­ment de fonc­tion à Ma­ti­gnon. Di­rec­tion Nantes, la ville qu’il a ad­mi­nis­trée vingt-trois an­nées du­rant. C’était le 1er avril 2014. Vingt-deux mois plus tard, il a donc fait le che­min in­verse, tou­jours ac­com­pa­gné de Bri­gitte, son épouse.

2 À CONFESSE CHEZ SA FILLE Elle est jour­na­liste, s’ap­pelle Elise, a 38 ans et la blon­deur de son père. Elle a sur­tout réus­si à for­cer la pu­deur pa­ter­nelle dans un documentaire re­mar­qué « Mon père, ce Ay­rault », di usé au prin­temps 2015. Un film en forme de thé­ra­pie pour le père et… la fille : Elise ra­conte avoir eu « mal au bide » pen­dant les deux an­nées où son père était à Ma­ti­gnon. Et re­ven­dique un vrai désac­cord avec Hol­lande : « Contrai­re­ment à ce que pré­tend le pré­sident, j’ai com­pris qu’en po­li­tique, la loyau­té ne paie pas. »

3 L’OBS­TACLE SÉ­GO­LÈNE Long­temps don­née fa­vo­rite pour le Quai-d’Or­say, Royal s’est donc fait dou­bler par Ay­rault. L’hy­po­thèse de la mise en or­bite de « Sé­go­lène » a ra­pi­de­ment été com­bat­tue par nombre de hol­lan­dais his­to­riques, qui ne l’ont ja­mais vrai­ment ap­pré­ciée, comme ils n’ont ja­mais ou­blié que « Jean-Marc » fai­sait par­tie des leurs de­puis vingt ans.

4 HOL­LAN­DAIS UN JOUR Dans le film d’Elise Ay­rault, Fran­çois Hol­lande sou­pi­rait : « Jean-Marc me manque… » Ils se sont re­vus ra­re­ment, se sont par­lé sou­vent et n’ont ja­mais rom­pu le con­tact. Après treize ans de com­pli­ci­té avec Hol­lande, comme pa­tron du groupe PS à l’As­sem­blée dé­voué au chef du par­ti, puis comme Pre­mier mi­nistre fi­dèle au chef de l’Etat, Ay­rault en avait gros sur le coeur. Mais il a su ra­va­ler (l’es­sen­tiel de) sa ran­coeur.

5 GER­MA­NO­PHILE TOU­JOURS En avril der­nier, l’an­cien pro­fes­seur d’al­le­mand avait en­voyé une lettre à la mi­nistre de l’Edu­ca­tion na­tio­nale, Na­jat Val­laud-Bel­ka­cem, pour lui faire part de son « in­quié­tude quant aux consé­quences » de la ré­forme du col­lège sur l’en­sei­gne­ment de la langue de Goethe (illus­tra­tion). Au Quai-d’Or­say, le ger­ma­no­phile se­ra à son aise pour conver­ser avec nos amis d’outre-Rhin. En re­vanche, il ne maî­trise tou­jours pas l’an­glais.

6 PER­CHOIR RA­TÉ Il s’y se­rait bien vu, mais la place ne s’est pas li­bé­rée. Si Claude Bar­to­lone avait été élu pré­sident de la ré­gion Ile-de-France, Jean-Marc Ay­rault au­rait pu lui suc­cé­der à l’hô­tel de Las­say. Hé­las, Bar­to­lone a échoué et re­trou­vé aus­si­tôt… le per­choir de la pré­si­dence de l’As­sem­blée, sous les vi­vats du groupe PS.

7 FRON­DEUR RE­PEN­TI Le 15 no­vembre, il a ral­lié à sa cause 160 dé­pu­tés so­cia­listes et fait adop­ter, contre l’avis du gou­ver­ne­ment, un amen­de­ment sur la CSG pro­gres­sive. Le 27 dé­cembre, il twee­tait sur la dé­chéance de na­tio­na­li­té : « Si la France est “en pé­ril de paix”, alors ne la di­vi­sons pas da­van­tage ! » Le Con­seil consti­tu­tion­nel a cen­su­ré la pre­mière dis­po­si­tion et il a fi­ni lui-même par vo­ter la se­conde.

8 RÉ­FÉ­REN­DUM SA­LU­TAIRE En fai­sant en­trer au gou­ver­ne­ment un fa­rouche par­ti­san et une fé­roce ad­ver­saire du pro­jet d’aé­ro­port à Notre-Dame-des-Landes – Jean-Marc Ay­rault et Em­ma­nuelle Cosse –, Hol­lande ne s’est pas fa­ci­li­té la tâche. Mais il a trou­vé un moyen de ne pas tran­cher lui-même la ques­tion en or­ga­ni­sant un ré­fé­ren­dum lo­cal. Ja­dis op­po­sé à une telle ini­tia­tive, l’an­cien Pre­mier mi­nistre a dû s’y ré­soudre pour ob­te­nir le Quai-d’Or­say.

9 ÉLEC­TION PAR­TIELLE C’est un lièvre le­vé quelques heures avant sa nomination au Quaid’ Or­say, qui a em­bê­té jus­qu’à l’Ely­sée : le dé­pu­té Ay­rault n’a plus de sup­pléant, ce­lui-ci étant dé­cé­dé l’an­née der­nière. Ré­sul­tat : il y au­ra une élec­tion lé­gis­la­tive par­tielle dans la troi­sième cir­cons­crip­tion de Loire-At­lan­tique. « Jean-Marc a ras­su­ré le pré­sident, ra­conte un proche. C’est loin d’être la cir­cons­crip­tion la plus di cile de France. »

10 “BINGE WAT­CHING” Après avoir été vi­ré de Ma­ti­gnon, Jean-Marc Ay­rault a en­fin eu le temps de dé­vo­rer les sé­ries que lui a four­nies sa fille. Sa pré­fé­rée ? « House of Cards » qui re­flète si bien, à ses yeux, la cruau­té de la po­li­tique. De ce point de vue, « Ay­rault, sai­son 2 » se­ra-t-il à la hau­teur de la sai­son 1 ?

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.