JUS­TICE

Sar­ko­zy, une cam­pagne à 50 mil­lions

L'Obs - - Le Sommaire - VIO­LETTE LA­ZARD

En pri­vé, ces der­nières se­maines, Ni­co­las Sar­ko­zy ne trou­vait même plus les mots pour qua­li­fier cette af­faire qui le pour­suit de­puis presque un an et de­mi et qui vient tout juste de le rat­tra­per. Byg­ma­lion ? « Des vo­leurs, des es­crocs, je n’ai rien à voir avec eux, des amis de Co­pé… » s’énerve, en boucle, le pa­tron des Ré­pu­bli­cains. « On au­ra sans doute du mal à le croire, c’est pour­tant, je le jure, la stricte vé­ri­té: je ne connais­sais rien de cette so­cié­té jus­qu’à ce que le scan­dale éclate », écrit-il même dans son livre pa­ru fin jan­vier, « la France pour la vie ». Le dé­pas­se­ment pré­su­mé de ses comptes de cam­pagne ? Un com­plot, un scan­dale, une mé­prise. C’est im-pos-si-ble, scande-t-il. « Qui peut oser dire que ma cam­pagne a dé­ra­pé? » s’était-il même em­por­té lors de son au­di­tion en tant que simple té­moin dans le bu­reau des po­li­ciers en sep­tembre der­nier, al­lant jus­qu’à qua­li­fier cette thèse de « farce ». Son sys­tème de dé­fense risque pour­tant de bien mal vieillir.

A l’heure où nous écri­vons ces lignes, Ni­co­las Sar­ko­zy était en­core dans le bu­reau des juges fi­nan­ciers char­gés de l’af­faire Byg­ma­lion. Convo­qué mar­di 16 fé­vrier, il de­vait en sor­tir avec une mise en exa­men pour fi­nan­ce­ment illé­gal de cam­pagne élec­to­rale ou, comme Jean-Fran­çois Co­pé le 8 fé­vrier, être pla­cé sous le sta­tut de té­moin as­sis­té et échap­per aux pour­suites.

Avant même cette convo­ca­tion, l’af­faire Byg­ma­lion était de­ve­nue de­puis quelques mois celle des comptes de cam­pagne de Ni­co­las Sar­ko­zy en 2012. Après un an et de­mi d’en­quête, de per­qui­si­tions, d’ex­per­tises et d’au­di­tions, les juges sont au­jourd’hui per­sua­dés que les frais de la course à la pré­si­den­tielle en 2012 ont lit­té­ra­le­ment ex­plo­sé, au point d’at­teindre plus du double du pla­fond au­to­ri­sé (22,5 mil­lions d’eu­ros) pour avoi­si­ner les 50 mil­lions d’eu­ros. Aux 18 mil­lions de fausses fac­tures émises par la so­cié­té Byg­ma­lion viennent en ef­fet s’ajou­ter 10 mil­lions d’eu­ros de fac­tures élec­to­rales payées par le par­ti à la place du can­di­dat. « Rien ne prouve for­mel­le­ment que Ni­co­las Sar­ko­zy était au cou­rant des dé­ra­pages de ses comptes de cam­pagne, in­dique une source ju­di­ciaire. Mais c’est sa cam­pagne qui a dé­ra­pé, et le can­di­dat signe ses comptes. Il en est donc res­pon­sable. »

Com­ment peut-on réus­sir à dé­pen­ser 50 mil­lions d’eu­ros en trois mois, soit en­vi­ron 615 000 eu­ros par jour ? Une par­tie de la ré­ponse se trou­vait dé­jà dans les 18 mil­lions d’eu­ros de fausses fac­tures de la so­cié­té Byg­ma­lion. L’autre par­tie, in­at­ten­due et qui a stu­pé­fié les en­quê­teurs, a été dé­cou­verte à l’au­tomne der­nier dans le grand-livre ré­ca­pi­tu­lant toutes les dé­penses de l’UMP en 2012. Dix mil­lions d’eu­ros de dé­penses pour des mo­tifs clai­re­ment élec­to­raux y ont été dis­si­mu­lés, pour ne pas pul­vé­ri­ser le pla­fond au­to­ri­sé par la loi. Per­sonne n’a même pris la peine de mo­di­fier les in­ti­tu­lés. Lo­gique : les dé­tails des comptes des par­tis po­li­tiques échappent au contrôle (voir en­ca­dré p. 53). Ces fac­tures, par­fois anec­do­tiques, par­fois ex­plo­sives, ra­content l’his­toire de la cam­pagne élec­to­rale la plus oné­reuse en France connue à ce jour. Elles ré­vèlent par exemple que le mee­ting de Villepinte de Ni­co­las Sar­ko­zy n’a pas coû­té la somme dé­jà dé­li­rante de 3 mil­lions d’eu­ros, mais plus du double ! Le 11 mars 2012, pour or­ga­ni­ser cette cé­ré­mo­nie qua­si hol­ly­woo­dienne, 6,2 mil­lions d’eu­ros ont été dé­pen­sés. Une fac­ture de 500 000 eu­ros de lo­ca­tion du parc des ex­po­si­tions a par exemple été « ou­bliée » dans la comp­ta­bi­li­té of­fi­cielle. L’équipe de cam­pagne a bien pré­sen­té une note, pour la lo­ca­tion des lieux le jour même… mais elle a omis de pré­ci­ser que les salles avaient été louées pen­dant les qua­torze jours pré­cé­dents. Autre fac­ture ou­bliée concer­nant Villepinte: l’en­voi des 142000 car­tons d’in­vi­ta­tion. Mon­tant: 62 000 eu­ros. Au fil des 44 mee­tings de la cam­pagne, des fac­tures de trans­ports, ceux des mi­li­tants comme ceux des cadres du par­ti, ont éga­le­ment été vo­lon­tai­re­ment re­ti­rées des comptes de cam­pagne. On re­trouve ain­si 55000 eu­ros, payés par l’UMP à la SNCF, pour per­mettre à 510 mi­li­tants ori­gi­naires de Mul­house de ve­nir gros­sir la foule du mee­ting de la Concorde… Une dé­pense qui au­rait évi­dem­ment dû être dé­cla­rée. Tout comme l’af­frè­te­ment d’un jet pri­vé (7383 eu­ros) pour per­mettre à un cadre de l’UMP d’as­sis­ter au mee­ting de Be­san­çon le 30 mars 2012. Qui a bé­né­fi­cié de cette pe­tite fo­lie? Au­cun nom ne fi­gure sur la fac­ture. Contac­té par « l’Obs », l’un des or­ga­ni­sa­teurs de la cam­pagne nous ex­plique ne pas s’en sou­ve­nir… Mais il pré­cise, sous cou­vert d’ano­ny­mat : « Il ar­ri­vait très sou­vent que des avions à hé­lices soient loués pour trans­por­ter des col­la­bo­ra­teurs de Sar­ko­zy. Quand Fran­çois Fillon par­ti­ci­pait à un mee­ting, il ve­nait aus­si en avion pri­vé. Cer­tains res­pon­sables du par­ti fai­saient même des crises pour avoir le même Fal­con que Ni­co­las Sar­ko­zy. »

Les grosses fac­tures ne sont pas les seules à avoir été dis­si­mu­lées. Pêle-mêle, on trouve dans les comptes de l’UMP une note de fa­bri­ca­tion de badges pour la presse (272 eu­ros), l’achat des la­cets pour les ac­cro­cher (447 eu­ros), 8000 ti­rages d’une af­fiche contre le droit de vote des étran­gers (3900 eu­ros). Même les fac­tures de fa­bri­ca­tion des tee-shirts

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