La connais­sance a˜re­cu­lé

Phi­lippe De­lerm, an­cien˜prof et écri­vain

L'Obs - - Grands Formats - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR°SYL­VAIN COU­RAGE

J’ai en­sei­gné trente-sept ans au col­lège et je me suis tou­jours e˜ or­cé de rendre l’or­tho­graphe fran­çaise vi­vable°! En classe, il ne faut pas que la com­plexi­té de notre langue crée une pho­bie que cer­tains élèves traî­ne­ront toute leur vie. Pour faire com­prendre les mille dé­tours et ri­chesses du fran­çais, je re­com­mande de pra­ti­quer la dic­tée pré­pa­rée ou bien la dic­tée de groupe, qui per­met aux élèves les moins à l’aise de ne pas su­bir la ty­ran­nie du zé­ro. Dans ma classe, j’or­ga­ni­sais des dis­cus­sions en équipe sur les points de gram­maire di˛ ciles et je m’ar­ran­geais pour dé­si­gner rap­por­teurs ceux qui avaient le plus de di˛ cultés. Le dé­bat sur le par­ti­cipe pas­sé ou la concor­dance des temps est sou­vent pas­sion­né… J’ai tou­jours in­sis­té sur l’ana­lyse éty­mo­lo­gique des mots°: ces traces du pas­sé peuvent faire com­prendre et ai­mer la langue. Au­jourd’hui, les témoignages de mes amis en­sei­gnants me confortent dans l’idée que la connais­sance de l’or­tho­graphe a re­cu­lé°: ce que l’on ap­pre­nait dans les classes pri­maires, on s’e˜ orce dé­sor­mais de l’in­cul­quer au col­lège. Et au ly­cée, la plu­part des élèves ont en­core d’énormes la­cunes. Je ne crois pas que l’ap­pli­ca­tion de la ré­forme de 1990 soit de na­ture à les ai­der°: en pro­po­sant deux gra­phies pour les mêmes mots, on risque sur­tout d’em­brouiller les es­prits et de créer en­core plus de trau­ma­ti­sés de l’or­tho­graphe.

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