Des ren­de­ments sûrs

On ne peut pas en at­tendre des mi­racles, mais les pro­duits les plus clas­siques sont in­dis­pen­sables dans toute stra­té­gie d’épargne.

L'Obs - - Spécial Placements - SONIA DU­MONT

MUL­TI­PLIEZ LES LI­VRETS RÉ­GLE­MEN­TÉS

Du li­vret A au Li­vret de dé­ve­lop­pe­ment du­rable (LDD) en pas­sant par le Li­vret jeune ou le Li­vret d’épargne po­pu­laire (LEP), les pro­duits d’épargne ré­gle­men­tés (dont les taux sont fixés pas l’Etat) font grise mine. Au fil des ans, leur ré­mu­né­ra­tion s’est ra­ta­ti­née pour na­vi­guer au­jourd’hui à son plus bas his­to­rique. Comp­tez 0,75 % pour le li­vret A et le LDD, 1,25 % pour le LEP (ré­ser­vé aux mé­nages à faibles res­sources) et entre 0,75 % (mi­ni­mum) et 2 % pour le Li­vret jeune (ré­ser­vé aux 12-25 ans). Ces maigres per­for­mances ne de­vraient pas évo­luer d’ici à quelques mois, compte te­nu d’un en­vi­ron­ne­ment gé­né­ral de taux faibles. Néan­moins, il faut re­la­ti­vi­ser : ces pla­ce­ments ne sont pas si mau­vais. Grâce à une in­fla­tion nulle et à une fis­ca­li­té avan­ta­geuse, ils ont le mé­rite d’a cher des ren­de­ments nets, contrai­re­ment à beau­coup d’autres sup­ports. « Pas ques­tion de lais­ser dor­mir des li­qui­di­tés sur un compte ban­caire qui ne rap­porte rien. Mieux vaut les pla­cer dans ces sup­ports aux per­for­mances certes li­mi­tées mais qui ont le mé­rite d’exis­ter », a rme Be­noît Grisoni, di­rec­teur de Bour­so­ra­ma banque. Autre atout de ces sup­ports : ils consti­tuent des poches idéales pour lo­ger une épargne de pré­cau­tion fa­ci­le­ment mo­bi­li­sable. « Dans toute ges­tion de pa­tri­moine, on doit dis­po­ser de ca­gnottes pour ré­pondre aux be­soins d’ar­gent ex­cep­tion­nels, pré­vus ou im­pré­vus. Et pour ce­la, les li­vrets o rent une grande sou­plesse. Di cile même de s’en pas­ser », ajoute Be­noît Grisoni. Autre avan­tage : le ca­pi­tal pla­cé est en sé­cu­ri­té. Dans la me­sure du pos­sible, mieux vaut gon­fler, voire rem­plir ces li­vrets jus­qu’au pla­fond. Pour mé­moire, le dé­pôt maxi­mum est de 22 950 € pour le li­vret A, de 12 000 € pour le LDD, de 7 700 € pour le LEP et de 1 600 € pour le Li­vret jeune. Comme plu­sieurs membres d’une même fa­mille (en­fants in­clus) peuvent sous­crire un li­vret A, le po­ten­tiel est im­por­tant : quatre li­vrets au sein d’un mé­nage de quatre per­sonnes (deux pa­rents et deux en­fants) per­mettent de mettre de cô­té jus­qu’à 91 800 € en fran­chise d’im­pôts.

Néan­moins, les « pros » conseillent de ne pas pla­cer dans ces li­vrets plus de six mois de re­ve­nus. En cas d’ex­cé­dent, mieux vaut di­ver­si­fier et cher­cher un rendement su­pé­rieur.

COM­PA­REZ LES SU­PER LI­VRETS

His­to­ri­que­ment, les su­per li­vrets sont la créa­tion des banques à dis­tance. Il est fa­cile de sous­crire en ligne et ces pla­ce­ments fonc­tionnent comme des li­vrets d’épargne ré­gle­men­tée (au­cun frais, ver­se­ments libres, ré­mu­né­ra­tion à la quin­zaine, etc.). L’ar­gent pla­cé est à l’abri, li­quide donc ra­pi­de­ment et fa­ci­le­ment ac­ces­sible. L’épar­gnant peut y trou­ver son compte no­tam­ment lors­qu’il dis­pose d’une im­por­tante somme à pla­cer (hé­ri­tage, ces­sion d’une vente im­mo­bi­lière, etc.) pour une pé­riode courte ou dans l’at­tente d’un ré­in­ves­tis­se­ment. Atouts de ces so­lu­tions fi­nan­cières ? D’abord, les pla­fonds sont bien plus gé­né­reux (de un à dix mil­lions d’eu­ros) que ceux des li­vrets ré­gle­men­tés – par­fois il n’existe pas de li­mite. En­suite, les taux (libres) a chés sont su­pé­rieurs à ceux des sup­ports ré­gle­men­tés. Bien que les ba­rèmes changent sou­vent au gré des évo­lu­tions du mar­ché des taux d’in­té­rêt, les ré­mu­né­ra­tions a chées peuvent at­teindre 3,60 %. Très chan­geants pour cause de concur­rence vive entre les ac­teurs, ces taux sont à com­pa­rer ré­gu­liè­re­ment. Néan­moins, il existe quelques bé­mols. Tout d'abord, ce taux boos­té ne l’est qu’un temps. Il ne s’ap­plique que pen­dant une du­rée li­mi­tée (deux ou trois mois), au-de­là il re­de­vient nor­mal (entre 0,30 % et 1,70 % brut se­lon les en­seignes). En­suite, le taux « vi­ta­mi­né » ne concerne qu’un dé­pôt pla­fon­né (à 50 000 €, 100 000 €, 200 000 €), au­des­sus, c’est le taux stan­dard qui s’ap­plique. En­fin, contrai­re­ment à leurs cou­sins ré­gle­men­tés, ces comptes sur li­vrets a chent des taux bruts et sont fis­ca­li­sés. Les gains sont taxés au ba­rème pro­gres­sif de l’im­pôt sur le re­ve­nu via un acompte de 24 % pré­le­vé à la source, dont seuls les mé­nages les plus mo­destes et ceux qui per­çoivent moins de 2 000 € d’in­té­rêts sont dis­pen­sés. A cette ponc­tion s’ajoutent les pré­lè­ve­ments so­ciaux de 15,5 %. L.S.

CONSER­VEZ L’ÉPARGNE LO­GE­MENT

Il­lus­trant par­fai­te­ment l’adage se­lon le­quel « les meilleures soupes se font dans les vieux pots », le Plan d’épargne lo­ge­ment (PEL), créé dans les an­nées soixante, a a ché un nou­veau re­cord de col­lecte nette l’an pas­sé (dix-huit mil­liards d’eu­ros à la fin de no­vembre 2015).

Oc­cu­pant la troi­sième place sur le po­dium des so­lu­tions d’épargne sé­cu­ri­sées pré­fé­rées des Fran­çais, der­rière les comptes à vue et l’as­su­rance-vie en eu­ros (voir ci-des­sous), et dé­sor­mais loin de­vant le li­vret A, le PEL sé­dui­rat-il en­core en 2016 ?

La ques­tion mé­rite d’être po­sée, car de­puis le 1er fé­vrier, son taux de ré­mu­né­ra­tion, dé­jà ra­me­né il y a un an de 2,5 % à 2 %, a été ra­bais­sé à 1,5 % par le gou­ver­ne­ment (taux ma­jo­ré d’une prime d’Etat si le plan dé­bouche sur un em­prunt im­mo­bi­lier). Ce rendement – qui après pré­lè­ve­ments so­ciaux de 15,5 % tombe à 1,26 % – semble a prio­ri bien maigre. Pour­tant, dans le contexte ac­tuel d’in­fla­tion zé­ro et de taux (mo­né­taires et obli­ga­taires) au plan­cher, il de­meure cor­rect compte te­nu des ga­ran­ties et sou­plesses que pro­cure l’épargne lo­ge­ment.

Pour rap­pel, le PEL, ac­ces­sible à tous dès la nais­sance (à rai­son d’un plan par per­sonne), moyen­nant un ver­se­ment annuel mi­ni­mum de 540 € et dans la li­mite de 61 200 € de dé­pôts, per­met de se consti­tuer un ca­pi­tal sé­cu­ri­sé (le taux en vi­gueur lors de l’ou­ver­ture du plan ne bouge plus) et ré­cu­pé­rable au bout de quatre ans en fran­chise d’im­pôt (les re­traits an­ti­ci­pés sont ad­mis mais pé­na­li­sés et ils en­traînent la clô­ture du Plan d’épargne lo­ge­ment).

Conçu à l’ori­gine pour fa­vo­ri­ser l’ac­qui­si­tion im­mo­bi­lière, ce plan d’épargne peut dé­bou­cher sur un prêt im­mo­bi­lier à taux fixe de 2,70 % pour un mon­tant maxi­mum de 92 000 € sur une du­rée de deux à quinze ans. Mais s’il le sou­haite, le ti­tu­laire peut conser­ver son plan dans les mêmes condi­tions de ré­mu­né­ra­tion du­rant dix voire quinze ans (au-de­là, le PEL est trans­for­mé en un li­vret d'épargne clas­sique). Sim­ple­ment, après dix ans, on ne peut plus l’ali­men­ter. Et pas­sé douze ans, les re­ve­nus du PEL sont sou­mis à l’im­pôt. Autre atout, on peut cé­der ses droits à prêt à un membre de sa fa­mille : en­fant, pa­rent, frère ou soeur, mais aus­si ne­veu ou nièce, beau-frère ou belle-soeur, beau­parent… sous ré­serve qu’il dé­tienne lui­même de l’épargne lo­ge­ment. Une carte utile, le mo­ment ve­nu.

VI­SEZ LES 3 % D’AS­SU­RANCE VIE

L’an pas­sé, cent huit mil­liards d’eu­ros d’épargne ont conver­gé vers les fonds en eu­ros des contrats d’as­su­rance-vie. Il est vrai qu’au­jourd’hui en­core ces sup­ports conservent un très bon rap­port ren­ta­bi­li­té-risque. Certes, en soi leur taux n’a rien de mi­ro­bo­lant. An­non­cé à 2,3 % (avant pré­lè­ve­ments so­ciaux de 15,5 % et frais sur primes), le rendement moyen 2015 des fonds en eu­ros ac­cuse même un re­pli de 0,20 point par rap­port à ce­lui de 2014. Et tout laisse à pen­ser qu’il s’éro­de­ra en­core dans les mêmes pro­por­tions en 2016 et les an­nées sui­vantes. Ma­jo­ri­tai­re­ment pla­cés en obli­ga­tions d’Etat et d’en­tre­prises, les fonds en eu­ros n’ont pas fi­ni de payer les consé­quences de la chute his­to­rique des taux longs qui sé­vit de­puis deux ans. Mais rap­por­tée à une in­fla­tion nulle et com­pa­rée aux 0,75 % du li­vret A, cette per­for­mance reste concur­ren­tielle pour un pla­ce­ment sans risque ré­cu­pé­rable à tout mo­ment. Pour rap­pel, il y a dix ans, le taux moyen net d’in­fla­tion de l’as­su­rance-vie en eu­ros était de… 2,4 %.

Non seule­ment les primes pla­cées sur ces sup­ports sont ga­ran­ties en per­ma­nence par l’as­su­reur, mais le re­ve­nu annuel qu’elles gé­nèrent est dé­fi­ni­ti­ve­ment cap­té (e et cli­quet) et pro­fite d’un ré­gime fis­cal pri­vi­lé­gié. Pas­sé huit ans, seule une taxe for­fai­taire li­mi­tée à 7,5 % après abat­te­ment de 4 600 € (9 200 € pour un couple) est due sur les pro­duits fi­nan­ciers du contrat (cette ponc­tion est de 35 % si un re­trait in­ter­vient avant quatre ans et de 15 % entre quatre et huit ans). En sus, pour ceux qui sou­haitent an­ti­ci­per leur suc­ces­sion, l’as­su­rance-vie bé­né­fi­cie d’un ré­gime dé­ro­ga­toire qui per­met de trans­mettre au bénéficiaire de son choix (pa­rent ou pas) jus­qu’à 152 500 € en fran­chise de droits de mu­ta­tion. A no­ter tou­te­fois, tous les fonds en eu­ros du mar­ché sont loin de se va­loir. Les taux peuvent faire le grand écart d’un ré­seau à l’autre, voire, au sein d’un même éta­blis­se­ment, d’un contrat à l’autre. En règle gé­né­rale, mieux vaut évi­ter l’o re stan­dard de la ban­cas­su­rance qui peine dé­sor­mais à rap­por­ter plus de 2 % par an (1,80 % pour cer­tains contrats de la Caisse d’épargne par exemple). En se tour­nant vers in­ter­net, cer­taines mu­tuelles (Mon­ceau as­su­rances, Le Conser­va­teur, Groupe Pas­teur mu­tua­li­té, MIF, etc.) ou as­so­cia­tions d’as­su­rés (comme l’Afer, l’Asac Fapes, le Gai­pare), on trouve en­core des per­for­mances de 3 %, voire plus.

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