A la re­cherche des plus-va­lues

La pla­nète fi­nance fait grise mine ? Qu’à ce­la ne tienne, ceux qui sau­ront in­ves­tir au son du ca­non fe­ront les plus beaux pro­fits.

L'Obs - - Spécial Placements -

Quelle douche froide ! Alors qu’en 2015 la bourse fran­çaise avait grim­pé de 9 %, elle a en­re­gis­tré un plon­geon ma­gis­tral en ce dé­but d’an­née 2016. De quoi rap­pe­ler aux épar­gnants en quête de per­for­mances que les mar­chés ac­tion pré­sentent des aléas et sont ca­pables du meilleur comme du pire. Il faut dire que beau­coup de nou­velles, comme la baisse des cours du pé­trole et dans son sillage de ceux de toutes les ma­tières pre­mières, le ra­len­tis­se­ment de l’éco­no­mie chi­noise, la fra­gi­li­té des de­vises, sans par­ler d’une crainte de ré­ces­sion aux Etats-Unis, « ont ren­du les in­ves­tis­seurs ner­veux », re­con­naît Pa­trick Ga­nan­sia, di­ri­geant de He­rez. Cer­tains ac­teurs du mar­ché en­vi­sagent en­core d’autres chutes à court terme. Néan­moins, les krachs pré­sentent, cy­ni­que­ment, un in­té­rêt : « Les va­lo­ri­sa­tions des titres com­mencent à re­de­ve­nir in­té­res­santes à condi­tion de faire une sé­lec­tion dras­tique des va­leurs et des gé­rants », a rme Di­dier Le Mé­nes­trel, pré­sident de La Fi­nan­cière de l’échi­quier. Ces mou­ve­ments de re­pli à ré­pé­ti­tion consti­tuent des gi­se­ments d’op­por­tu­ni­tés soit pour faire son en­trée sur le mar­ché des ac­tions, soit pour ren­for­cer un por­te­feuille exis­tant. Mais avant de pas­ser ses ordres, deux règles sont à res­pec­ter : ne pas avoir peur de perdre beau­coup et mo­bi­li­ser de l’ar­gent dont on n'au­ra pas be­soin pen­dant sept à dix ans. Néan­moins, dans cet en­vi­ron­ne­ment cha­hu­té, com­ment faire son mar­ché ? Exit la ges­tion in­di­cielle ou celle des tra­ckers, qui su­bissent de plein fouet la chute des in­dices bour­siers. Au­jourd’hui, les fonds flexibles pa­tri­mo­niaux semblent de bonnes so­lu­tions. Le gé­rant a la main sur son por­te­feuille et fait bou­ger à sa conve­nance le cur­seur de l’ex­po­si­tion en ac­tions. Autre chou­chou des pros de la bourse : les va­leurs européennes tou­jours qua­li­fiées d’ac­ces­sibles et de pro­met­teuses en termes de ré­sul­tats. Pour lo­ger ces titres, mieux vaut op­ter pour le Plan d’épargne en ac­tions (PEA) et son « pe­tit frère » le PEA-PME. Pla­fon­nées res­pec­ti­ve­ment à 150 000 € et 75 000 €, ces deux « poches » per­mettent de réa­li­ser des plus-va­lues sans im­pôts (hors pré­lè­ve­ments so­ciaux) à condi­tion de les conser­ver pen­dant au moins cinq ans. Tout re­trait entre deux et cinq ans im­plique une taxa­tion des gains à 19 % et un re­trait avant deux ans passe ce taux à 22,5 % – plus 15,5 % de pré­lè­ve­ments so­ciaux.

LES BONNES PME NE CONNAISSENT PAS LA CRISE

In­ves­tir dans des so­cié­tés ne passe pas sys­té­ma­ti­que­ment par les che­mins de la bourse. Rien n’em­pêche de gar­nir son por­te­feuille de titres d’en­tre­prises non co­tées, sa­chant que ces der­nières ont des pro­fils divers, al­lant de la start-up à la PME éta­blie. C’est une fa­çon de de­ve­nir ac­tion­naire d’un ac­teur de l’éco­no­mie réelle et/ou de proxi­mi­té. Cer­taines so­cié­tés de ges­tion et des ban­quiers se sont spé­cia­li­sés dans le pri­vate equi­ty, c’est-à-dire dans la consti­tu­tion de por­te­feuilles de par­ti­ci­pa­tions des TPE, PME et PMI. Triées sur le vo­let, ces en­tre­prises sont sus­cep­tibles d’o rir à terme un dé­ve­lop­pe­ment pro­met­teur

et d’a cher de sym­pa­thiques ré­sul­tats pour les ac­tion­naires. Les vé­hi­cules les plus pro­po­sés pour lo­ger ces titres sont les Fonds d’in­ves­tis­se­ment de proxi­mi­té (FIP) et les Fonds com­muns de pla­ce­ment dans l’in­no­va­tion (FCPI). Dans les deux cas, si les espoirs de per­for­mances sont éle­vés après cinq ans mi­ni­mum de dé­ten­tion obli­ga­toire, les risques de moins-va­lues peuvent éga­le­ment être au ren­dez-vous. Rap­pe­lons qu’avec ce genre de pla­ce­ment, le rendement n’est ja­mais ga­ran­ti. Mal­gré la sé­lec­tion réa­li­sée par le gé­rant, une so­cié­té n’est ja­mais à l’abri d’un ac­ci­dent de par­cours. Elle peut ne pas gran­dir comme pré­vu, ne pas trou­ver son bu­si­ness mo­del et, au bout du compte, dé­po­ser le bi­lan. Pour peu que l’on sé­lec­tionne un pa­nel de jeunes so­cié­tés (start-up, TPE) en phase de dé­mar­rage, ces risques de dé­faillance sont en­core plus éle­vés au cours des cinq pre­mières an­nées d’exis­tence. Pour mi­ni­mi­ser le risque de perte, il ne faut pas hé­si­ter à mul­ti­plier les fonds à di érentes thé­ma­tiques et à di­ver­si­fier les gé­rants. C’est en jouant sur ces di érents ta­bleaux qu’il se­ra pos­sible de se bâ­tir une re­la­tive pro­tec­tion contre la perte. L’autre fa­çon d’in­ves­tir dans le tis­su éco­no­mique consiste à en­trer en di­rect dans le ca­pi­tal d’une so­cié­té (sou­vent des start-up) via une pla­te­forme de fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif. Le par­ti­cu­lier en­dosse les ha­bits d’un bu­si­ness an­gel grâce à des ti­ckets d’en­trée com­men­çant à quinze eu­ros. Cette prise de par­ti­ci­pa­tion, d’une du­rée d’au moins cinq à huit ans, se réa­lise avec une dé­ten­tion de titres en di­rect ou via une hol­ding. Ces titres peuvent être éli­gibles au PEA. Là aus­si, gare au risque. L.S.

LE RE­TOUR GA­GNANT DE L’OR

Pla­ce­ment re­fuge par ex­cel­lence, l’or re­trouve son at­trait en ces temps d’in­cer­ti­tude bour­sière et de taux bas. Pro­po­sé dans di érents for­mats (du lin­got de un ki­lo coû­tant plus de 30 000 € au lin­go­tin de… cinq grammes) et bé­né­fi­ciant d’un ré­gime fis­cal dé­ro­ga­toire en cas de re­vente (sous ré­serve d'avoir gar­dé une preuve de l'achat, im­po­si­tion for­fai­taire de 34,5 % au titre des plus-va­lues sur biens meubles avec dé­cote de 5 % par an à par­tir de la troi­sième an­née de dé­ten­tion), le mé­tal pré­cieux reste ce­pen­dant d’un ma­nie­ment dé­li­cat.

Tout d’abord, sou­mis à de fortes va­ria­tions de cours (à titre in­di­ca­tif, dé­but fé­vrier l’once co­tait 1 113 $, soit en­vi­ron 1 020 €) l’or doit sys­té­ma­ti­que­ment être consi­dé­ré comme un ac­tif dé­fen­sif de moyen à long terme, qui ne doit pas re­pré­sen­ter plus de 5 % d’un pa­tri­moine fi­nan­cier. Pour en ac­qué­rir, moyen­nant une com­mis­sion de l’ordre de 2 % (à la­quelle s’ajoutent des droits de garde de 1 % à 2 % pour une con­ser­va­tion sé­cu­ri­sée), il faut s’adres­ser à un pro­fes­sion­nel agréé. Le plus simple est de se rendre au gui­chet de sa banque. Ou en­core sur une pla­te­forme de vente et d’achat en ligne bien ré­per­to­riée comme Au­co re.com, qui pré­cise à l’in­ten­tion de ses clients que « tous les mé­taux pré­cieux sont tra­çables, cer­ti­fiés et gar­dés en co res sé­cu­ri­sés ». Pour ob­te­nir des in­for­ma­tions dé­taillées sur le mar­ché, l’ache­teur po­ten­tiel peut éga­le­ment consul­ter le site de Cpor de­vises. « Notre éta­blis­se­ment de cré­dit, spé­cia­li­sé de­puis des dé­cen­nies dans l’ex­per­tise, la vente, l’achat et la con­ser­va­tion de l’or pour les banques et leur clien­tèle, pu­blie chaque jour un cours de ré­fé­rence de la ving­taine de pro­duits les plus cou­ram­ment échan­gés en France », pré­cise Fran­çois de Las­sus, di­rec­teur de la com­mu­ni­ca­tion ex­terne. A sa­voir, outre les lin­gots et lin­go­tins, on trouve une quin­zaine de types de pièces, par­mi les­quelles le na­po­léon, le sou­ve­rain ou le pe­so mexi­cain. A no­ter, en cas d’ac­qui­si­tion, elles doivent être conser­vées dans un sa­chet scel­lé, car toute manipulation est sus­cep­tible d’en­traî­ner une al­té­ra­tion, donc une dé­cote. Quant aux lin­gots et lin­go­tins, ils doivent être nu­mé­ro­tés et as­sor­tis d’un bul­le­tin d’es­sai qui at­teste no­tam­ment du poids en or et du nom du fon­deur, ce qui consti­tue une ga­ran­tie pour toute tran­sac­tion ul­té­rieure.

DES BOU­TEILLES QUI RAP­PORTENT GROS

Dans l’uni­vers des « pla­ce­ments plai­sir », le vin oc­cupe une place sin­gu­lière. C’est une fa­çon de di­ver­si­fier ses avoirs quand on a fait le plein de tous les pro­duits fi­nan­ciers tra­di­tion­nels. C’est aus­si l’oc­ca­sion d’in­ves­tir des li­qui­di­tés dans un breu­vage noble, sus­cep­tible de rap­por­ter, à condi­tion d’avoir du temps de­vant soi. Il existe deux fa­çons de dis­til­ler du vin dans son pa­tri­moine.

La plus ré­cente consiste à adhé­rer à une formule clés en main : on achète des caisses de vins sur les conseils d’un site spé­cia­li­sé (Ca­vis­si­ma.com, Pa­tri­wine.fr, Ca­ve­de­pargne.com, etc.). Fon­dées par d’an­ciens tra­ders, fi­nan­ciers et des spé­cia­listes du vin, ces pla­te­formes pro­posent d’ache­ter des bou­teilles à par­tir de 200 à 400 €. L’idée est de jouer le temps qui passe, la ra­ré­fac­tion pro­gres­sive du mil­lé­sime dans le but de le re­vendre avec une ju­teuse plus-va­lue. Pa­ra­doxa­le­ment, l’in­ves­tis­seur ne voit ja­mais la cou­leur de ses bou­teilles et ne boit pas un verre de sa cave… Les sites mar­chands pro­posent un ser­vice de sto­ckage dé­lo­ca­li­sé et sé­cu­ri­sé plus une as­su­rance contre le vol ou la casse. At­ten­tion, ce mar­ché de l’or rouge ou blanc est de plus en plus in­ter­na­tio­nal. Les risques de spé­cu­la­tion et de vo­la­ti­li­té existent. « Mieux vaut di­ver­si­fier les crus, les ap­pel­la­tions et les mil­lé­simes afin de ré­par­tir les risques », re­com­mande Thier­ry God­det, pré­sident de Ca­vis­si­ma.com.

La se­conde so­lu­tion, plus an­cienne, consiste à in­ves­tir avec d’autres épar­gnants dans des parts d’un Grou­pe­ment fon­cier vi­ti­cole (GFV). Ce der­nier est pro­prié­taire de vignes qu’il loue en fer­mage à un ex­ploi­tant (ou un vi­gne­ron), dans le cadre d’un bail d’au moins dix-huit ans. Les ti­ckets d’en­trée des GFV évo­luent entre 30 000 € et 100 000 € la part. L’ho­ri­zon de pla­ce­ment est d’au moins cinq ans, mais gé­né­ra­le­ment le temps de dé­ten­tion se compte en di­zaines d’an­nées pour des rai­sons fis­cales liées à l’ISF et aux droits de do­na­tion et de suc­ces­sion. Bien que le rendement annuel soit faible (entre 1 et 2,5 %), les as­so­ciés ap­pré­cient de dé­te­nir un bout d’ex­ploi­ta­tion et de re­ce­voir chaque an­née en ca­deau quelques bou­teilles du do­maine. Réa­li­sé à titre de di­ver­si­fi­ca­tion, ce pla­ce­ment, quelle que soit sa forme, ne doit pas pe­ser plus de 10 % d’un pa­tri­moine. S.D.

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