Les bonnes af­faires de la fac

Trop sou­vent mé­con­nus, les pro­grammes en ges­tion et en com­merce de l’uni­ver­si­té font jeu égal avec les grandes écoles, à un ta­rif bien moindre

L'Obs - - Spé­cial Écoles De Com­merce - VÉ­RO­NIQUE RA­DIER

Par­tout sur la pla­nète, des fa­milles s’en­dettent, des étu­diants jeunes ou moins jeunes contractent d’énormes em­prunts pour s’of­frir ce que, chez nous, on re­garde sou­vent de haut : un titre uni­ver­si­taire. On ne le ré­pé­te­ra donc ja­mais as­sez : les uni­ver­si­tés fran­çaises pro­posent une large pa­lette d’ex­cel­lents di­plômes d’un rap­port qua­li­té-prix ex­cep­tion­nel. Long­temps, elles se sont plus sou­ciées d’ex­cel­lence aca­dé­mique et de recherche que de l’en­ca­dre­ment de leurs étu­diants et de leur devenir pro­fes­sion­nel, qui font dé­sor­mais par­tie in­té­grante de leurs mis­sions.

Et s’agis­sant des facs d’éco­no­mie et de ges­tion, ce n’est pas d’au­jourd’hui. Pion­niers de la pro­fes­sion­na­li­sa­tion, les ins­ti­tuts d’ad­mi­nis­tra­tion des en­tre­prises (IAE) fonc­tionnent de­puis plu­sieurs dé­cen­nies comme des grandes écoles à l’uni­ver­si­té, avec des ser­vices pour la recherche d’em­ploi et des carrières qui n’ont pas à rou­gir de la com­pa­rai­son. A cette dif­fé­rence, fort ap­pré­ciable, qu’un mas­ter d’IAE ne coûte le plus sou- vent, comme la qua­si-to­ta­li­té des pro­grammes uni­ver­si­taires, que quelques cen­taines d’eu­ros. Une sé­rieuse concur­rence pour les grandes écoles, dont les frais de sco­la­ri­té tournent au­tour de 10 000 à 15 000 € l’an­née, du­rant trois à cinq ans. « Nos étu­diants n’ont rien à en­vier à ceux des grandes écoles. La qua­li­té de nos en­sei­gne­ments est at­tes­tée par la double ac­cré­di­ta­tion Equis et AM­BA, dé­te­nue à ce jour par douze écoles fran­çaises seule­ment », ex­plique Vir­gi­nie de Bar­nier, di­rec­trice de l’IAE d’Aix-en-Pro­vence, dis­tin­gué dans le très sé­lect clas­se­ment du « Fi­nan­cial Times ». « Nous dis­po­sons, avec nos mas­ters en au­dit, fi­nance, RH et mar­ke­ting, d’une offre par­fai­te­ment à ni­veau, mais au dy­na­misme d’une école nous al­lions l’ex­cel­lence aca­dé­mique de l’uni­ver­si­té, avec qua­rante-huit thèses sou­te­nues l’an pas­sé. »

Et puis il y ces uni­ver­si­tés qui ont su im­po­ser leur marque avec des par­cours d’ex­cel­lence dès l’en­trée en li­cence, tout en culti­vant leur dif­fé­rence avec les pré­pas. En tête, Pa­ris-Dau­phine : « Nous sé­lec­tion­nons nos étu­diants sur la base de leur dos­sier sco­laire, mais nous leur pro­po­sons en­suite un tout autre mo­dèle, ver­tueux, avec un faible taux d’échec. On n’éjecte pas, on in­jecte de nou­veaux en­trants tout au long du par­cours, jus­qu’en mas­ter », ex­plique son pré­sident, Laurent Batsch, qui in­siste : « Nous res­tons une uni­ver­si­té à part en­tière, avec ses ac­ti­vi­tés de recherche de ni­veau in­ter­na­tio­nal, des en­sei­gnants cher­cheurs et un mo­dèle d’en­sei­gne­ment qui n’est pas ce­lui des classes pré­pa­ra­toires, ba­sé sur la ré­pé­ti­tion du sa­voir, mais qui s’ap­puie au contraire sur l’in­no­va­tion, qui cor­res­pond aux at­tentes de l’éco­no­mie au­jourd’hui sur la pla­nète. »

A Tou­louse-I, Bru­no Sire a créé la Tou­louse School of Eco­no­mics, une grande école à l’an­glo-saxonne, ac­ces­sible no­tam­ment aux meilleurs étu­diants de li­cence d’éco. Di­ri­gée par Jean Ti­role, notre prix No­bel d’éco­no­mie, elle at­tire des étu­diants ve­nus du monde en­tier, tout comme les mas­ters de cette uni­ver­si­té très re­nom­mée au plan in­ter­na­tio­nal. « Nous re­ce­vons des can­di­da­tures d’étu­diants eu­ro­péens bien sûr, mais aus­si amé­ri­cains, chi­nois, aus­tra­liens… » ex­plique Bru­no Sire. Ve­nus non parce que les frais de sco­la­ri­té sont d’un mon­tant mo­dique – ce­la ne gâte

rien il est vrai – mais pour étu­dier dans une uni­ver­si­té de grande ré­pu­ta­tion, dont de nombreux en­sei­gnants sont des poin­tures dans leur do­maine.

Et ces uni­ver­si­tés pres­ti­gieuses n’ont pas le mo­no­pole des meilleurs pro­grammes. L’ex­per­tise de leurs cher­cheurs leur per­met d’être à la pointe des évo­lu­tions les plus ré­centes, d’in­no­ver sur de nou­veaux cré­neaux. Elles nouent aus­si des liens et par­te­na­riats avec le monde de l’en­tre­prise, qui ne cessent de se dé­ve­lop­per. Au­jourd’hui, plus de la moi­tié des di­plômes de l’uni­ver­si­té sont à fi­na­li­té pro­fes­sion­nelle et ils font mouche sur le mar­ché du tra­vail. On peut d’ailleurs en ju­ger chi res à l’ap­pui. Le mi­nis­tère de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur livre dé­sor­mais chaque an­née des don­nées fines et dé­taillées sur le devenir des di­plô­més des fi­lières pro­fes­sion­nelles de l’uni­ver­si­té, do­maine par do­maine et pour chaque éta­blis­se­ment. Ver­dict ? Si l’on com­pare les bacs +5 de même spé­cia­li­té, en ges­tion no­tam­ment, taux d’em­ploi et sa­laires sont dans un mou­choir de poche. « Toute ma promo 2015 est dé­jà ca­sée, ce­la re­pré­sente vingt-sept di­plô­més ; tous ont été em­bau­chés en un mois et j’ai sous le coude une di­zaine d’o res d’em­plois non pour­vues », ex­plique Mar­tial Cha­de­faux, à la tête du mas­ter contrôle comp­ta­bi­li­té au­dit de l’uni­ver­si­té de Bour­gogne. Et au sor­tir de cer­tains pro­grammes très connus des re­cru­teurs ou bien vi­sant une niche por­teuse, les di­plô­més font jeu égal avec le gra­tin des bu­si­ness schools.

D’au­tant que, cô­té em­ployeurs, les men­ta­li­tés évo­luent. Même les en­tre­prises du CAC 40 ou les ca­bi­nets de con­seils – long­temps chasse gar­dée des grandes écoles – s’in­té­ressent de plus en plus aux jeunes uni­ver­si­taires. « Les dis­tinc­tions entre écoles et uni­ver­si­tés n’existent pas dans les autres pays, la mon­dia­li­sa­tion tend à im­po­ser le ni­veau mas­ter comme une ré­fé­rence pour les em­ployeurs. Même si cer­tains noms d’écoles, d’uni­ver­si­tés ou même de pro­grammes brillent plus que d’autres, les en­tre­prises nous de­mandent avant tout un mas­ter et une spé­cia­li­té », constate Sébastien San­chez, di­rec­teur exé­cu­tif chez Mi­chael Page.

Reste, c’est vrai, un taux d’échec tou­jours as­sez éle­vé. Après des an­nées d’omerta, le mi­nis­tère joue dé­sor­mais la trans­pa­rence sur les chi res et pu­blie ré­gu­liè­re­ment les sta­tis­tiques, bien faibles, du taux de réussite en li­cence. Mais il faut re­la­ti­vi­ser ces chi res, qui tiennent pour par­tie à de nom­breuses ré­orien­ta­tions. Autre point faible des uni­ver­si­tés, le manque de li­si­bi­li­té des for­ma­tions. Le mi­nis­tère a bien im­pul­sé un grand mé­nage, mais il reste ar­du de faire son mar­ché par­mi des mil­liers d’in­ti­tu­lés, d’au­tant que les facs manquent sou­vent de moyens pour com­mu­ni­quer. Mais at­ten­tion, après des an­nées de désa ec­tion, il faut dé­sor­mais jouer des coudes en pre­mière an­née de li­cence dans de nom­breuses uni­ver­si­tés car les ba­che­liers sont de plus en plus nombreux à vou­loir y en­trer dans de nom­breuses dis­ci­plines. Et ils n’ont pas tort.

CÔ­TÉ EM­PLOYEURS, LES MEN­TA­LI­TÉS ÉVO­LUENT.

Au sein des IAE (ici, à Grenoble), on

trouve aus­si l’ex­cel­lence, mais à

faible coût.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.