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THE RE­VE­NANT, PAR ALE­JAN­DRO GONZÁ­LEZ IÑÁR­RI­TU. WES­TERN AMÉ­RI­CAIN, AVEC LEO­NAR­DO DICA­PRIO, TOM HAR­DY, DOMH­NALL GLEE­SON (2H36).

L'Obs - - Le Sommaire - FRAN­ÇOIS FORESTIER

C’est le grand film de l’an­née : une sa­ga his­to­rique, pleine de fu­reur, d’ombres et de sang, qui donne à Leo­nar­do DiCa­prio l’un de ses plus beaux rôles, et à Ale­jan­dro Iñár­ri­tu l’un de ses élans poé­tiques les plus ins­pi­rés. Au dé­part, un livre mé­diocre, pu­blié en 2002, re­trace avec cer­taines li­ber­tés ro­ma­nesques l’odys­sée de Hugh Glass, trap­peur aban­don­né par ses confrères dans les fo­rêts du Da­ko­ta, en 1823. At­ta­qué par un ours (com­bat qui don­na lieu à d’in­nom­brables bal­lades, chan­sons, livres), lais­sé pour mort, Glass réus­sit à sur­vivre, mal­gré la me­nace des In­diens et ses bles­sures ter­ribles. La mort, la na­ture, la des­ti­née et la pos­si­bi­li­té d’un Dieu cruel, au­tant de thèmes qui fas­cinent Iñár­ri­tu, ci­néaste qui cherche tou­jours, der­rière l’hu­main, le spi­ri­tuel.

Ce règne de l’es­prit, plus fort que la na­ture, plus puis­sant que l’hi­ver, plus ob­sé­dant que le deuil, est le fil conduc­teur de ce film ma­gni­fique, long, gla­cial, sty­li­sé. La mise en scène, avant tout, est im­pres­sion­nante : chaque cadre, chaque image, chaque cou­leur est su­blime, contrastes in­tenses, ho­ri­zons ru­gueux, sil­houettes éga­rées. L’ar­rière-plan social im­prègne aus­si le ré­cit : c’est la nais­sance du ca­pi­ta­lisme, prêt à dé­vo­rer cette na­ture sans fron­tières. En fi­li­grane, le mé­lange des cultures (le fils de Hugh Glass est un mé­tis), qui va à re­brousse-poil de l’opi­nion amé­ri­caine d’au­jourd’hui. Mais tout ce­la est se­con­daire. Le film, avant tout, est une oeuvre puis­sante, ad­mi­ra­ble­ment maî­tri­sée. Comme dans « Ba­bel » (2006) ou « Biu­ti­ful » (2010), le ci­néaste place le des­tin au centre du jeu. Comme dans « Bird­man » (2014), il pressent les en­tre­croi­se­ments, sug­gère une réa­li­té der­rière la réa­li­té, in­vente des mou­ve­ments de ca­mé­ra et des dé­liés, en une cho­ré­gra­phie hau­taine. La scène avec l’ours, où les gri es du grizzly la­cèrent le dos du pro­ta­go­niste, est im­pres­sion­nante. C’est la vio­lence à l’état pur, une bru­ta­li­té pri­mi­tive, ab­so­lue. Reste, en sour­dine, la né­ces­si­té de la ven­geance. Le syn­drome Monte-Cris­to court tout au long du film, et le sa­laud qui a dé­lais­sé son ca­ma­rade fuit de­vant « une force qui va ».

Il y a eu d’autres films ins­pi­rés de cette aven­ture (« le Convoi sau­vage » de Ri­chard Sa­ra­fian, 1971, « Je­re­miah John­son », de Syd­ney Pol­lack, 1972). Mais chez Iñár­ri­tu la vie, au fond, est une constante danse de mort. Il a l’âme mexi­caine, toute de flammes et de dé­ri­sion sombre.

Leo­nar­do DiCa­prio dans « The Re­ve­nant », d’Ale­jan­dro Gonzá­lez Iñár­ri­tu.

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