LA MODE POUR TOUS

Mais où sont pas­sés les gens vrai­ment chics? En reste-t-il, d’ailleurs, dans le dé­luge des “m’as-tu-vu”?

L'Obs - - Le Sommaire - par So­phie Fon­ta­nel

Ce se­rait pure la­pa­lis­sade, ces temps-ci, de dé­plo­rer la dis­pa­ri­tion de l’élé­gance, rem­pla­cée par l’or et l’ar­gent. Certes, les grandes icônes du style en­core vi­vantes sont par­tout sur les ré­seaux so­ciaux. Mais, no­tons, tou­jours via des pho­tos d’elles da­tant du temps de leur jeu­nesse. Ça ap­par­tient au pas­sé. Par­fois, une ex­po sur l’une d’entre elles crée l’évé­ne­ment, comme celle au Me­tro­po­li­tan (New York) sur Jac­que­line de Ribes, qui vient de se ter­mi­ner.

A l’op­po­sé de ces êtres ins­pi­rants, nous avons les autres : ceux des ta­pis rouges, les jeunes pas vrai­ment cha­ris­ma­tiques, et les moins jeunes, trop sou­vent des ra­fis­to­lés mé­con­nais­sables. Hommes ou femmes. Et pour­tant.

La Mode pour tous vou­drait vous dé­mon­trer que les gens chics existent en­core. Ils sont là, c’est juste qu’ils se planquent, voyez­vous. Ils ar­rivent à vivre presque to­ta­le­ment hors du ra­dar de la mé­dia­ti­sa­tion. Les cock­tails les rasent. Leurs comptes Ins­ta­gram, Fa­ce­book ou Twit­ter sont tous en « pro­fil pri­vé ». Et, coup de chance, les pa­pa­raz­zis ne s’in­té­ressent pas à eux, puisque le grand pu­blic ne les connaît pas.

Leur élé­gance est une le­çon, sauf que per­sonne n’est ad­mis dans la classe.

Fau­chés ou pas, sou­vent « fils de » (pas tou­jours), gé­né­ra­le­ment re­liés à un uni­vers où on vous ap­prend très tôt à dis­po­ser les fleurs dans un vase, ils sont les « hé­ri­tiers » mou­che­tés des codes et du bon goût qui exas­pé­raient tant Pierre Bour­dieu.

Ils n’énervent plus per­sonne, puis­qu’on ne les voit plus.

Une jeune pho­to­graphe, la très sub­tile Ales­san­dra d’Ur­so, a tou­te­fois pu les ap­pro­cher. Ce fut simple : elle les connaît, elle-même étant is­sue de l’aris­to­cra­tie ita­lienne. Lee Rad­zi­will louait une par­tie de la mai­son de va­cances de son grand-père, près d’Amal­fi, et Ja­ckie Ken­ne­dy bron­zait en bas, sur les ro­chers, avec Gian­ni Agnel­li, dé­lais­sant tant sa fille Ca­ro­line qu’un té­lé­gramme du pré­sident Ken­ne­dy par­vint un jour jus­qu’aux ro­chers de la villa avec ces mots : « More Ca­ro­line, less Agnel­li. » C’est ce qu’on ra­conte.

Bref, Ales­san­dra et son aco­lyte Ales­san­dra Bor­ghese (en­core un nom de rêve) sortent un livre (« For Friends », chez Steidl) qui montre cette fa­meuse jet-set in­vi­sible. Des gens que ces deux femmes ont su sam­ment mis en confiance pour qu’ils aillent jus­qu’à ac­cep­ter d’être tous ha­billés en Vuit­ton, cu­ra­teur du pro­jet. Mais il faut voir aus­si avec quelle dé­sin­vol­ture ils portent les ha­bits… ils les ha­bitent. Le moindre sac perd sa tri­via­li­té éven­tuelle de « chose à vendre » dès lors que ces élus, par­don, les der­niers ul­tra­ra nés de ce monde, se les ap­pro­prient.

Com­ment des gens qui re­fusent toute ex­po­si­tion mé­dia­tique ont-ils pu ac­cep­ter d’être des hymnes à Vuit­ton, aus­si gal­va­ni­sante que soit la marque ? Eh bien, « pour faire plai­sir », c’est-àdire gra­cieu­se­ment, chose rare de nos jours, et sur­tout parce qu’ils se savent à ja­mais plus forts que les cos­tumes qu’ils en­dossent. Peut-être que le chic, c’est ça, au fond : faire de tout une chose ac­ces­soire. Un dé­tail gra­tuit.

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