POUR­QUOI LUI ?

Ma­na­ré Co­ly

L'Obs - - Le Sommaire - — Par LAU­RIANNE ME­LIERRE

QUI EST IL ?

On a dé­jà en­ten­du son nom, pro­non­cé un peu par­tout. Sur les bancs d’un dé­fi­lé de mode, au dé­tour d’un fes­ti­val de mu­sique ou dans les al­lées d’un sho­wroom, et l’éclec­tisme de sa di use pré­sence in­trigue. A croire qu’il se dé­double. Dans son ap­par­te­ment du 10e ar­ron­dis­se­ment pa­ri­sien, le gar­çon as­sume pour­tant une dé­gaine très low pro­file. Une che­mise en drap de laine, un jean noir 7/8, une paire de brogues. Une forme d’hu­mi­li­té et de ré­serve face à un CV qui, lui, im­pres­sionne. Parce qu’à 24 ans le Pa­ri­sien a com­men­cé plus tôt que tous les autres. Plus fort, aus­si. Or­ga­ni­sa­teur de soi­rées de­puis ses 16 ans, DJ, pro­duc­teur, di­rec­teur ar­tis­tique, PDG de la we­bra­dio al­ter­na­tive Rinse France… Ses ac­ti­vi­tés, tou­jours cultu­relles, le mènent ins­tinc­ti­ve­ment vers la mode : « J’ai tou­jours vou­lu dé­mo­cra­ti­ser les arts. » C’est d’ailleurs là tout le pro­pos de Noir Noir, gri e qu’il a lan­cée il y a trois ans avec son as­so­cié et ami Fran­çois Bo­ni. L’idée? Faire des­cendre les toiles, es­tampes et autres ta­pis­se­ries de maîtres dans la rue par le biais du vê­te­ment. Et leurs im­pres­sions en all-over pour­raient bien trans­for­mer Pa­ris en ga­le­rie à ciel ou­vert.

QUE FAIT IL ?

Le gar­çon, qui sillonne Pa­ris au vo­lant de son éter­nel scoo­ter, donne par­fois l’im­pres­sion d’avoir plu­sieurs vies. « J’en­chaîne les ren­dez-vous, je ren­contre des ga­le­ristes, dis­cute avec nos ate­liers et as­sure la pro­duc­tion. » Un rôle lo­gis­tique qui per­met à Fran­çois Bo­ni de se concen­trer sur le pro­ces­sus créa­tif qui, comme la dé­marche, ré­sulte d’une longue ré­flexion au­tour du vê­te­ment. Est-il utile ou po­li­tique ? Pour Noir Noir, cer­tai­ne­ment un peu des deux. L’ob­jec­tif est in­tel­li­gible : der­rière des coupes in­fu­sées d’un street­wear épu­ré, il fouille les ga­le­ries et re­tourne les mu­sées pour ti­rer d’une toile ou d’un ou­vrage le bon mo­tif. Pour cet hi­ver, Noir Noir pro­po­sait ain­si un ves­tiaire re­pre­nant des ta­pis­se­ries et bro­de­ries mé­dié­vales. Des bom­bers, robes et ac­ces­soires flam­bant neufs in­té­gra­le­ment im­pri­més de ces éto es an­ciennes, précieuses. « Je dis sou­vent que le all-over, c’est chan­ger le co­ton en or. » Pour l’été 2016, Noir Noir porte son re­gard vers l’Asie : la col­lec­tion, plus éto ée, re­pro­duit des es­tampes et pay­sages asia­tiques (pho­to). Re­pé­rée par une com­mu­nau­té éclai­rée, la marque, dé­sor­mais dis­tri­buée à Séoul, Bey­routh et Pé­kin, de­vrait ra­pi­de­ment ir­ra­dier bien au-de­là de son Pa­ris na­tal.

D’OÙ VIENT IL ?

Est-il un pur pro­duit pa­ri­sien ? Oui, si l’on ex­clut les vi­sions sou­vent sté­réo­ty­pées que l’on a de la ca­pi­tale. Ma­na­ré gran­dit dans le 11e ar­ron­dis­se­ment, entre Na­tion et Bas­tille. A la mai­son, peu de place pour la ri­gueur, qui suit sou­vent celle des sens. « Mon père, qui est d’ori­gine sé­né­ga­laise, a été bas­siste pour un groupe de jazz, mais aus­si DJ. J’ai tou­jours évo­lué avec de la mu­sique. » Dans un ap­par­te­ment qui dé­borde des 3 000 vi­nyles que son père col­lec­tionne, il se sen­si­bi­lise aus­si à l’art, sous toutes ses formes. « Ma mère, jour­na­liste, m’a in­cul­qué très tôt l’im­por­tance de la culture, qu’il s’agisse de celle des mu­sées, des concerts ou des per­for­mances. » Une ou­ver­ture d’es­prit que cultive l’école al­ter­na­tive De­cro­ly, qu’il a fré­quen­tée en­fant, de la ma­ter­nelle à la 3e. « J’ai ap­pli­qué cette phi­lo­so­phie au­to­di­dacte à ma vie et, au­jourd’hui, à Noir Noir : maî­tri­ser ses moyens d’ex­pres­sion, ne pas avoir peur de se lan­cer et sur­tout… croire en ses pro­jets. » Pour nous, c’est dé­jà fait.

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