10 CHOSES À SA­VOIR SUR…

Phi­lippe Djian

L'Obs - - Le Sommaire - DI­DIER JA­COB

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PE­TIT BOU­LOT

En 1965, la mère de Phi­lippe Djian réus­sit à faire en­trer son fils comme sta­giaire chez Gal­li­mard. Ap­pren­ti ma­ga­si­nier, il croise Paul Mo­rand, Ray­mond Que­neau et autres gloires qu’il juge pous­sié­reuses, du haut de ses 16 ans. « Ça res­sem­blait à une mai­son de re­traite », ra­con­te­ra-t-il plus tard.

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LA FERTÉ-BER­NARD

Pour 1 000 francs par mois, Djian de­vient, au dé­but de sa car­rière, cais­sier de nuit au péage de La Fer­téBer­nard. Le sa­laire n’est pas gran­diose mais, comme ses col­lègues, il pioche dans la caisse et rentre chez lui « des billets plein les poches ». Reste que les nuits sont longues à La Ferté-Ber­nard. Djian, qui a dé­jà pu­blié quelques textes dans « Dé­tec­tive », en pro­fite pour écrire des nou­velles.

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“37°2 LE MA­TIN”

Avec l’adap­ta­tion au ci­né­ma par Jean-Jacques Bei­neix de son ro­man « 37°2 le ma­tin » (pho­to) en 1986, Djian ac­cède au sta­tut de star. Quatre mil­lions de spec­ta­teurs se pressent dans les salles pour dé­cou­vrir la tor­nade Bet­ty (Béa­trice Dalle) et son amant Zorg (Jean-Hugues An­glade). En li­brai­rie, Djian de­vient l’écri­vain rock nu­mé­ro un. Iro­nie de l’his­toire : ce n’est que vingt-cinq ans après qu’il fe­ra connais­sance de Béa­trice Dalle, à l’oc­ca­sion d’un documentaire té­lé. Ti­mides et pu­diques, ils ose­ront à peine s’adres­ser la pa­role.

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3 MAI 1968

Phi­lippe Djian est ly­céen quand éclate le mou­ve­ment étu­diant. S’il des­cend lui aus­si dans la rue, c’est sur­tout pour le fun, car les dis­cours gau­chistes le laissent de marbre. Plus tard, il res­te­ra fi­dèle à lui-même : bon vi­vant, mais apo­li­tique.

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VOYAGES

Djian aime bou­ger. Après avoir po­sé ses va­lises dans les Cor­bières, pour y re­ta­per une vieille ber­ge­rie, il part s’éta­blir dans une île chic au large de Bos­ton, Mar­tha’s Vi­neyard. Puis ce se­ra la Suisse, le Pays basque (Biar­ritz), ou en­core l’Ita­lie, en 1991 : avec An­née, sa femme ar­tiste, et leurs en­fants, Djian prend ses quar­tiers d’été dans une ma­gni­fique villa au sud de Flo­rence.

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TITRES

Djian a le gé­nie des titres, comme « Sainte-Bob » ou « Vers chez les blancs ». Com­ment fait-il son choix ? C’est par­fois le ha­sard qui a le der­nier mot : « J’étais en Suisse. Je de­vais em­me­ner ma fille dans une fête, mais il y avait une in­croyable tem­pête de neige. J’ai quand même pris la voi­ture, mais j’ai ver­sé dans le fos­sé. Quand je suis sor­ti de la ba­gnole, je me suis trou­vé nez à nez avec un po­teau in­di­ca­teur où il y avait écrit : “Vers chez les blancs”. Sans doute le nom d’un ha­meau. C’est le titre, me suis-je dit. »

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POR­NO

Com­ment écrire un ro­man por­no ? C’est l’une des ques­tions qui ta­raudent Djian, l’un des maîtres en la ma­tière. Pas un de ses ré­cents livres qui ne com­porte au moins une sé­quence in­can­des­cente. Dans « Vers chez les blancs », l’ob­ses­sion du sexe culmi­nait dans une scène d’an­tho­lo­gie, où un couple fai­sait bes­tia­le­ment l’amour de­vant une té­lé al­lu­mée pen­dant l’émis­sion « Apo­strophes ».

8 NOU­VEAU RO­MAN

Dans « Dis­per­sez­vous, ral­liez­vous ! » (Gal­li­mard), Djian ra­conte les amours d’une ado­les­cente, My­riam, avec un homme plus âgé, son nou­veau voi­sin. Ils couchent en­semble et se ma­rient. Mais My­riam, l’ex-ga­mine in­tro­ver­tie, a-t-elle vrai­ment chan­gé ? N’est-elle pas tou­jours cette fille « com­plexée, meur­trie, in­con­so­lable », ca­pable de sac­ca­ger sa vie et celle des autres ? C’est un vers de Rim­baud, cette fois, qui a don­né son titre au beau ro­man de Djian.

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BOURRE-PIF

Djian a sou­vent été traî­né dans la boue par la cri­tique et il en a sou ert. Il n’a ja­mais ou­blié les at­taques très vi­ru­lentes d’An­ge­lo Ri­nal­di. En 2007, il re­çoit le prix Le Vau­de­ville. Le mi­lieu de l’édi­tion vient fê­ter le lau­réat, à l’ex­cep­tion de Marc Lam­bron, membre du ju­ry qui avait pré­fé­ré as­sis­ter à un concert des Who à Ber­cy. On ra­conte que Djian, qui avait plu­sieurs fois es­suyé de très vio­lentes cri­tiques de sa part, s’ap­prê­tait à lui cas­ser pu­bli­que­ment la fi­gure.

10

LANGUE

In­ter­ro­gez Djian sur son tra­vail : il vous ré­pon­dra in­va­ria­ble­ment que la seule chose qui l’in­té­resse, dans le mé­tier, c’est la langue. Trou­ver non seule­ment le mot, mais la phrase juste, est son dé­fi quo­ti­dien. Et re­trou­ver le son de son époque pour être par­fai­te­ment en phase avec elle.

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