SOR­TIR

LE POR­TRAIT DE DO­RIAN GRAY, D’APRÈS OS­CAR WILDE. JUS­QU’AU 3 AVRIL, LU­CER­NAIRE, PA­RIS-6E, RENS. : 01-45-44-57-34.

L'Obs - - Le Sommaire - JACQUES NERSON

Voi­ci quelques jours, on nous a an­non­cé qu’après le 13 no­vembre la fré­quen­ta­tion des théâtres pri­vés avait chu­té de 30%. L’e on­dre­ment gé­né­ral masque les mé­comptes per­son­nels. Un di­rec­teur éplo­ré dé­clare que le pu­blic a bou­dé son Sha­kes­peare parce qu’il y a neuf morts de­dans : « Les gens n’avaient pas en­vie de ça. » Pense-t-il sé­rieu­se­ment que, sans les at­ten­tats, la foule se se­rait mas­sée aux portes de la salle ? « Main­te­nant, l’évé­ne­ment est der­rière nous, c’est re­par­ti », as­sure un autre. Es­pé­rons que cet op­ti­misme ne soit pas de l’au­to­sug­ges­tion. Il faut avouer que la plu­part des spec­tacles des théâtres pri­vés sont dé­so­lants ces temps-ci. Une col­lec­tion d’inep­ties. C’est pour­quoi, quand on tombe sur « le Por­trait de Do­rian Gray », on se sent aus­si re­con­nais­sant qu’un as­soi é dé­cou­vrant une oa­sis après sa tra­ver­sée du dé­sert.

Mais nous ne louons pas seule­ment ce spec­tacle par contraste avec les autres. D’abord, Tho­mas Le Doua­rec, qui le met en scène, a écrit une bonne adap­ta­tion du ro­man d’Os­car Wilde. L’ac­tion avance à fond de train. Les dia­logues res­tent ner­veux, sans em­pê­cher lord Wot­ton de dé­ployer ses so­phismes comme le paon fait la roue. Et puis, et c’est le plus im­por­tant, Le Doua­rec qui s’est ré­ser­vé le rôle du lan­ceur de pa­ra­doxes s’est pro­cu­ré un par­fait Do­rian Gray. Ça ne se trouve pas sous le sa­bot d’un che­val, un Do­rian Gray. Il faut dé­go­ter un dan­dy d’une beau­té idéale. Epris de pu­re­té au dé­but, puis souillé peu à peu sans perdre sa belle ap­pa­rence. Sauf à la toute fin, quand la boue re­monte à la sur­face. Ar­naud De­nis, dé­jà re­mar­quable voi­ci trois ans dans « l’Im­por­tance d’être sé­rieux » du même Os­car Wilde, pos­sède toutes les cou­leurs du rôle, de l’an­gé­lisme à l’ab­jec­tion, et s’en sert avec beau­coup d’ha­bi­le­té. Nul doute que le spec­tacle au­ra du suc­cès. De­puis sa pa­ru­tion, le ro­man a des ad­mi­ra­teurs chez les gays, l’amour des gar­çons y étant à peine voi­lé. Et aus­si chez les ado­les­cents. Cet Ado­nis qui vend son âme en échange de la jeu­nesse éter­nelle (jeu de dupes, comme tout contrat pas­sé avec le diable) n’a pas fi­ni de fas­ci­ner ces pe­tits Nar­cisse aux ap­pé­tits par­fois in­dé­cis.

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