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TERRES RARES, PAR SANDRO VE­RO­NE­SI, TRA­DUIT DE L’ITA­LIEN PAR DO­MI­NIQUE VIT­TOZ, GRAS­SET, 450 P., 22 EU­ROS.

L'Obs - - Le Sommaire - DI­DIER JA­COB

Avec Lel­lo, son as­so­cié, Pie­tro Pa­la­di­ni re­vend des au­to­mo­biles que leurs pro­prié­taires ont ache­tées à cré­dit, mais qu’ils ne peuvent rem­bour­ser par la suite. Gé­né­ra­le­ment ils ne font pas dans la Twin­go. Ce sont des voi­tures chères, ac­quises sur un coup de tête. Lel­lo s’oc­cupe, le plus lé­ga­le­ment du monde, d’iden­ti­fier les ba­gnoles et leurs conduc­teurs en faillite. Pie­tro, lui, se charge de la re­vente. Au dé­but du ro­man, un garde suisse (on est à Rome) est en train de fan­tas­mer sur une Jeep de leur chep­tel. C’est d’ailleurs la voi­ture la plus luxueuse qu’ils ont ac­tuel­le­ment à la vente: la ver­sion Grand Che­ro­kee, 2.7 CRD tur­bo-die­sel de 162 che­vaux, sel­le­rie cuir, sièges ven­ti­lés, vo­lant chau ant en ronce de noyer, GPS à écran tac­tile et sys­tème hi-fi Au­di­son. Une bombe. Pie­tro, c’était, pour ceux qui s’en sou­viennent, le hé­ros de « Chaos calme », le ro­man mul­ti­pri­mé en Ita­lie qui a fait connaître Sandro Ve­ro­ne­si (pho­to) du grand pu­blic. « Terres rares », c’est la suite, dix ans après. Du garde suisse, Pie­tro ac­cepte – grosse bê­tise – un acompte en li­quide. Il part en­suite ré­cu­pé­rer un Q3 (fleu­ron de la flotte Au­di) dont la char­mante pro­prié­taire par­tage avec le­dit bolide un cer­tain nombre de ca­rac­té­ris­tiques. La puis­sance mo­teur, dé­jà. Une cer­taine per­fec­tion du galbe, en­suite. Pie­tro s’en­flamme – di­sons que son coeur passe la cin­quième, dé­part ar­rê­té. Pas de bol, la fille s’en­fuit par la porte de der­rière, monte dans la fière au­to et prend la poudre d’es­cam­pette.

On l’a com­pris, Ve­ro­ne­si s’amuse. Le ton est ce­lui de la co­mé­die ita­lienne, dans sa ma­nière an­cienne (la plus fé­roce). C’est que Pie­tro n’est pas au bout de ses peines. Il dé­couvre bien­tôt que son as­so­cié a fait al­liance, der­rière son dos, avec de dan­ge­reux es­crocs rou­mains, et que son com­merce n’était qu’une cou­ver­ture dé­gui­sant un tra­fic de voi­tures vo­lées. D’ailleurs, Lel­lo est ap­pa­rem­ment par­ti avec la caisse, et il en­cou­rage Pie­tro à prendre ses cliques et ses claques lui aus­si (les Rou­mains sont en pé­tard). Pie­tro hé­site, consulte une avo­cate a igée d’un tic de lan­gage qui rend la com­mu­ni­ca­tion pro­blé­ma­tique. Le ro­man, co­mique et po­li­cier, mêle les styles dans un joyeux concert de klaxons qui tourne bien­tôt à la fable phi­lo­so­phique. Fuir ? Pie­tro n’a pas le choix s’il veut res­ter en vie. Mais, pour Sandro Ve­ro­ne­si, c’est peut-être, plus lar­ge­ment, nos vies trop bien ré­glées qu’il convient, comme des vé­hi­cules en panne sur la bande d’ar­rêt d’ur­gence, d’aban­don­ner en route.

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