SPÉCIAL ÉCOLES DE COM­MERCE

Nos conseils pour in­té­grer les meilleures “bu­si­ness schools” ou les cur­sus uni­ver­si­taires plé­bis­ci­tés par les re­cru­teurs

L'Obs - - Le Sommaire - CLAIRE BOU­LEAU IAN­NIS GIAKOUMOPOULOS

La pre­mière des bu­si­ness schools ? Elle n’est née ni à Ox­ford, en An­gle­terre, ni à Cam­bridge, dans le Mas­sa­chu­setts, mais à Pa­ris, la Ville Lu­mière. En 1819, Gus­tave Cour­bet voyait le jour, Peu­geot construi­sait sa pre­mière usine et un groupe d’éco­no­mistes et d’hommes d’a aires fon­dait l’Ecole spé­ciale de com­merce et d’in­dus­trie, de­puis re­bap­ti­sée ESCP Eu­rope. Presque deux siècles plus tard, si la France ne brille plus du même éclat au rang des puis­sances mon­diales, nos grandes écoles sont, elles, tou­jours au fir­ma­ment. La France oc­cupe ain­si le plus grand nombre de places au clas­se­ment in­ter­na­tio­nal des mas­ters in ma­na­ge­ment du « Fi­nan­cial Times » : 21 sur 80 ! Cette prouesse ne tient pas seule­ment à la ca­pa­ci­té de ces écoles à sé­lec­tion­ner de très bons élèves, le clas­se­ment du « FT » ré­com­pense aus­si leurs com­pé­tences pour les for­mer au monde du tra­vail, grâce à une pé­da­go­gie connec­tée aux en­tre­prises.

Mais si l’o re est em­bal­lante, il faut ou­vrir l’oeil avant de se lan­cer : le titre n’est pas pro­té­gé et

n’im­porte quel éta­blis­se­ment peut s’au­to­pro­cla­mer bu­si­ness school ou grande école, mais seule­ment une tren­taine d’éta­blis­se­ments, membres de la Confé­rence des grandes écoles, peuvent se pré­va­loir de cette es­tam­pille. Au­de­là, une cen­taine d’éta­blis­se­ments offrent un di­plôme de bac +3 à bac +5, vi­sé par l’Etat. Leur ni­veau et leur pres­tige va­rient consi­dé­ra­ble­ment, mais toutes fonc­tionnent sur un mo­dèle qui conti­nue à sé­duire les re­cru­teurs et à ras­su­rer les pa­rents.

Leurs élèves se frottent tant à la fi­nance et à la comp­ta­bi­li­té qu’au droit et aux res­sources hu­maines, his­toire d’ap­prendre les bases de la ges­tion avant de se spé­cia­li­ser en der­nière an­née dans un éven­tail de métiers qui ne cesse de s’élar­gir. Dis­po­sant de moyens bien plus im­por­tants que les uni­ver­si­tés, les écoles se dé­mènent pour chou­chou­ter leurs élèves et offrent une al­ter­na­tive in­té­res­sante aux cur­sus aca­dé­miques : « Au ly­cée et en pré­pa, l’ap­pren­tis­sage est in­di­vi­duel, pointe Elsa Bails, 27 ans, ve­nue de pré­pa lit­té­raire, jeune di­plô­mée de la Tou­louse Bu­si­ness School. En école, j’ai dé­cou­vert la ges­tion de pro­jet. C’était très res­pon­sa­bi­li­sant. On de­vait choi­sir une mis­sion par groupe de six. Nous avons le­vé 6 000 € pour ai­der une as­so­cia­tion ! » En pa­ral­lèle, les stages nom­breux et obli­ga­toires aident à se for­mer une idée concrète des métiers en­sei­gnés. Eme­line Le­brun, étu­diante d’Au­den­cia, s’est ain­si fait une rai­son : le mar­ke­ting, non mer­ci, c’est la fi­nance qui a trou­vé grâce à ses yeux : « C’était plus concret et j’ai tou­jours été at­ti­rée par les chiffres. » L’an­née de cé­sure en en­tre­prise, choi­sie par une large ma­jo­ri­té d’étu­diants et par­fois im­po­sée comme à l’Ed­hec, per­met de peau­fi­ner son pro­jet. Tout aus­si utile, la vie as­so­cia­tive s’avère très riche en bu­si­ness school, et les op­por­tu­ni­tés d’y prendre des res­pon­sa­bi­li­tés sont nom­breuses. « J’étais pré­sident de la Ju­nior En­tre­prise, ra­conte Martin Rou­gier, 26 ans, di­plô­mé de l’EM Stras­bourg. Nous ré­pon­dions au même ca­hier des charges qu’une so­cié­té de con­seil. J’étais le con­tact di­rect d’en­tre­pre­neurs et de grands comptes. J’ai ga­gné en au­to­no­mie et en ri­gueur. »

Les bu­si­ness schools, très pri­sées des re­cru­teurs, offrent un pas­se­port ef­fi­cace vers le monde du tra­vail : 82% de taux net d’em­ploi quelques mois après le di­plôme, à la sor­tie des grandes écoles, avec un sa­laire ron­de­let, pour 71% dans l’en­quête de l’As­so­cia­tion pour l’em­ploi des cadres (Apec), qui porte sur l’en­semble des écoles bac +4 et bac +5, avec tout de même 13% de jeunes di­plô­més es­ti­mant n’avoir qu’un « job pu­re­ment ali­men­taire ». Certes, conjonc­ture dif­fi­cile oblige, la du­rée de re­cherche d’em­ploi s’est al­lon­gée. La preuve ? Ques­tion­nés par nos soins, plu­sieurs di­rec­teurs re­chignent à dé­tailler leur taux d’em­ploi dans les mois qui suivent im­mé­dia­te­ment la sor­tie. En re­vanche, un an plus tard, rares sont les ex­étu­diants à être en­core sur le car­reau. D’au­tant que ces écoles sont de plus en plus ou­vertes sur le monde, of­frant doubles di­plômes, sé­jours ou stages à l’étran­ger, où près d’un quart des di­plô­més dé­marrent leur car­rière.

Grandes et moins grandes

Par­mi la ving­taine d’éta­blis­se­ments dits post­pré­pa, les pa­ri­siennes HEC, Es­sec et ESCP Eu­rope sortent du lot. Un quart des pa­trons du CAC 40 sont des HEC et les re­cru­teurs raf­folent de ce trio ; cer­tains, très exi­geants dé­cident même de s’y can­ton­ner. Suivent une di­zaine d’éta­blis­se­ments de très bonne qua­li­té, de l’EMLyon à Neo­ma en pas­sant par Gre­noble EM. En­fin, certes fiables, d’autres s’avèrent

moins sé­lec­tifs et offrent des dé­bou­chés plus ré­gio­naux, comme l’ESC Pau ou l’ESC Cler­mont. Mais par dé­fi­ni­tion, qui dit école post-pré­pa dit pré­pa. Or les deux an­nées d’en­traî­ne­ment in­ten­sif ne sont pas du goût de tous ; on peut dé­sor­mais s’en pas­ser et en­trer dans l’éta­blis­se­ment vi­sé après un BTS, un DUT ou un pas­sage par l’uni­ver­si­té.

Autre op­tion, choi­sir une école de com­merce post-bac. De plus en plus de bu­si­ness schools pro­posent un pro­gramme ba­che­lor en trois ou quatre ans, cer­taines comme l’Es­sec de­puis long­temps, d’autres de­puis peu, telle l’ESCP Eu­rope. « Je ne me sen­tais pas du tout le cou­rage de faire une pré­pa », ra­conte Ca­ro­line Mo­rand, 26 ans. Avec de bonnes notes en ter­mi­nale et une men­tion bien au bac, Ca­ro­line avait pour­tant le pro­fil. Mais pas l’en­vie de s’« en­fer­mer et de tra­vailler à fond ». Elle a choi­si le ba­che­lor de l’Ed­hec : « J’ai eu des profs de l’Ed­hec, cer­tains cours en com­mun, le même cam­pus, le même car­net d’adresses, la même marque sur le CV ! » Au­jourd’hui, après un mas­ter à Dau­phine, elle gère une pe­tite équipe en sup­ply chain chez Air li­quide. In­con­vé­nient de cette formule : son coût, bien plus éle­vé qu’un pas­sage par une pré­pa ou une fi­lière courte. C’est éga­le­ment le point faible des nom­breuses écoles post-bac en cinq ans. Si cer­taines ne jus­ti­fient pas vrai­ment les frais de sco­la­ri­té exi­gés, d’autres re­pré­sentent une al­ter­na­tive de qua­li­té. « Nous re­cru­tons au sein des post-bac, mais de fa­çon sé­lec­tive, sur­tout à l’Ieseg et à l’Ess­ca, ex­plique Syl­vie Ber­nard-Cu­rie, as­so­ciée DRH Ta­lents chez KPMG. Leur pu­blic a chan­gé, on y trouve de plus en plus de bons élèves. »

Oui, les écoles de com­merce ne manquent pas d’atouts. Mais avant d’y in­ves­tir de 30000 à 50 000 €, quand nombre d’uni­ver­si­tés

– Dau­phine, Tou­louse-I, As­sas, Pa­ris-Pan­théon-Sor­bonne pour ne ci­ter qu’elles – offrent des for­ma­tions a prio­ri moins gla­mour mais me­nant aux mêmes jobs, une sé­rieuse en­quête s’im­pose.

Par­mi les écoles post-pré­pa, toutes membres de la Confé­rence des grandes écoles, il faut s’as­su­rer que le di­plôme a bien ob­te­nu le grade de mas­ter. Mieux, les ac­cré­di­ta­tions Equis, AM­BA et AACSB, qui sont dé­li­vrées après un au­dit mi­nu­tieux, si­gnalent la qua­li­té du pro­gramme, et plus elles ont été at­tri­buées sur une longue du­rée, plus grande est leur va­leur. Les clas­se­ments du « Fi­nan­cial Times » au ni­veau mon­dial, ou du Si­gem et de « Chal­lenges » en France, donnent une idée du rang de l’éta­blis­se­ment. At­ten­tion tou­te­fois à ne pas leur ac­cor­der trop d’im­por­tance : « Après quelques an­nées, on se rend compte qu’en de­hors des trois pre­mières écoles, ce qui fait la dif­fé­rence, c’est la spé­cia­li­sa­tion et les stages », re­con­naît Elsa Bails. D’où l’in­té­rêt de scru­ter l’offre pé­da­go­gique avec at­ten­tion, en étu­diant les sites in­ter­net et les pla­quettes, et en in­ter­ro­geant des étu­diants et des di­plô­més. Les écoles de com­merce ex­cellent dans l’art de se vendre, c’est un peu leur mé­tier. Il faut donc grat­ter der­rière le dis­cours de fa­çade et cher­cher des preuves. Tel éta­blis­se­ment vante sa co­lo­ra­tion en­tre­pre­neu­riale : pos­sède-t-il un gros in­cu­ba­teur ? Tel autre met en avant son goût pour l’in­no­va­tion : pro­pose-t-il des cours en ligne ? Et ce­lui qui dé­fend une ap­proche tech­no­lo­gique, a-t-il un par­te­na­riat avec une école d’in­gé­nieurs ?

L’ou­ver­ture in­ter­na­tio­nale est un élé­ment im­por­tant. Toutes les écoles se targuent d’être glo­bales. Reste à voir com­ment elles s’y prennent. Cer­taines se sont éten­dues en ou­vrant des cam­pus. L’ESCP Eu­rope dé­croche la palme, avec six sites en Eu­rope. L’ESC Rennes n’a que le sien mais af­fiche le meilleur taux de pro­fes­seurs étran­gers dans sa ca­té­go­rie – 85% – et elle compte 50% d’étu­diants in­ter­na­tio­naux. « Nos pro­grammes sont dis­pen­sés to­ta­le­ment en an­glais, in­dique Oli­vier Ap­tel, le di­rec­teur. Les élèves passent au mi­ni­mum un se­mestre de cours et un de stage à l’étran­ger. »

Martin Rou­gier avait le choix entre plu­sieurs éta­blis­se­ments de même ni­veau et a choi­si l’EM Stras­bourg, car « elle im­pose un an à l’étran­ger, en

échange uni­ver­si­taire. Je me suis dit qu’en­voyer trois cents élèves d’une pro­mo sou­li­gnait for­cé­ment un ré­seau de par­te­naires im­por­tant et une ré­cep­tion mas­sive d’étu­diants en échange ». L’am­biance a ache­vé de le convaincre. Un élé­ment à ne pas né­gli­ger ! « Il faut faire le tour des écoles et éta­blir son hit-pa­rade a ec­tif, conseille Syl­vie Ber­nard-Cu­rie. Il se passe quelque chose dans la ren­contre, qui consiste à se dire : est-ce que je m’y sens, est-ce que je m’y pro­jette ? » Alice Du­guay, 22 ans, ex­plique : « Je m’en­ten­dais beau­coup mieux avec les étu­diants de l’ESCP qu’avec ceux de l’Es­sec, plus dans la com­pé­ti­tion, où il y une am­biance cam­pus, à Cer­gy, une forme d’en­fer­me­ment, tan­dis qu’à l’ESCP, les élèves conservent une vie en de­hors de l’école. »

Der­nier as­pect, et non des moindres : le prix. De­puis quelques an­nées, l’ad­di­tion croît de ma­nière dé­me­su­rée. A l’Ed­hec, le pro­gramme grande école coûte dé­sor­mais 44 000 €. Plu­sieurs écoles, no­tam­ment HEC, o rent car­ré­ment les frais de sco­la­ri­té aux bour­siers, comme Mont­pel­lier Bu­si­ness School. Son di­rec­teur in­siste : « Nous sommes la pre­mière école en pour­cen­tage d’ap­pren­tis. » Syl­vie Ber­nard-Cu­rie rap­pelle qu’« il faut être po­si­tif et se dire qu’à la fin, tout le monde au­ra un job ». C’est la ga­ran­tie qu’o rent les écoles de com­merce de­puis deux cents ans.

Le cam­pus de l’Ed­hec, inau­gu­ré à Rou­baix en 2010, s’ins­pire des facs

amé­ri­caines.

La Tou­louse Bu­si­ness School fait par­tie, de­puis 2015, des 100 meilleures

au monde.

HEC Pa­ris, dont le cam­pus se trouve

en réa­li­té à Jouy-en-Jo­sas.

Gre­noble Ecole de Ma­na­ge­ment, créée en 1984, a, de­puis, fait ses preuves.

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