JE NE SUIS PAS UN SA­LAUD PAR EM­MA­NUEL FIN­KIEL

L'Obs - - Critiques - JÉ­RÔME GAR­CIN

Drame social fran­çais, avec Ni­co­las Du­vau­chelle et Mé­la­nie Thier­ry (1h51).

Les ta­touages, les ci­ca­trices, la vio­lence conte­nue, le front de tau­reau et le corps im­pa­tient de Ni­co­las Du­vau­chelle collent par­fai­te­ment au per­son­nage d’Ed­die, pe­tite frappe bu­tée qui boit trop, fré­quente les stands de tir, né­glige sa femme, Ka­rine (Mé­la­nie Thier­ry), et ne sait pas éle­ver son fils. Un soir où il rac­com­pa­gnait une fille qu’il ve­nait de dra­guer dans un bar et qu’il se van­tait de pro­té­ger dans la rue, il se fait mé­cham­ment ta­bas­ser au pied d’une ci­té par une bande de ra­cailles en­core plus ra­cailles que lui. Ame­né par les flics à re­con­naître son agres­seur, il dé­signe un gar­çon, Ah­med (Driss Ram­di), qu’il avait croi­sé lors d’un en­tre­tien d’em­bauche. Plus il com­prend que le pré­ten­du cou­pable est in­nocent, plus il per­siste dans sa dé­non­cia­tion, plus il s’en­ferre dans son er­reur et mieux il s’ac­com­mode, du moins le croit-il, d’être un par­fait sa­laud. Ce qu’il n’est pas, évi­dem­ment. Mal­gré un scé­na­rio un peu trop li­néaire et ma­ni­chéen, le film sar­trien d’Em­ma­nuel Fin­kiel (« Voyages », « Nulle part, terre pro­mise ») dé­crit le lent et pro­vi­soire re­tour à la conscience mo­rale d’une tête brû­lée, bien­tôt ra­va­gée par les re­mords et rat­tra­pée par ses dé­mons. En faux dur qui a des ré­flexes en­fan­tins, en mar­gi­nal qui as­pire à une vie tran­quille, en vieil ado af­fo­lé par sa condi­tion de père de fa­mille, Ni­co­las Du­vau­chelle (pho­to) est ex­cep­tion­nel. C’est peu dire qu’il porte le film. Il le jus­ti­fie.

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